Les riders fous du Ceará

 

All men have secrets and here is mine
So let it be known
We have been through hell and high tide
I can surely rely on you ?

The Smiths - What Difference Does It Make ?

Introduction

Trois semaines à Icaraïzinho, petit village de pêcheurs du Nordeste Brésilien, avec Chantal, Philippe et Franck. Entre vacances et coup de main à Julie et Gautier pour construire leur restaurant. On a commencé par quelques jours à la pousada Rio Verde, puis on a pris possession de la propriété Croa Dos Côcos. Et là, tout a basculé. Description d’une journée splendidement Brésilienne.

6 H 30

Réveil. L’arroseur est déjà en action aux pieds des cocotiers. Ouverture du chalet Croa Dos Côcos. La porte. Le volet de droite. Puis celui de gauche. Réchauffage du reste de café de la veille. Check du soleil et du plan d’eau. Jamais de souci.

 

7 H 00

Baignade. L’eau est un peu fraiche. Pas plus de 26-27 degrés. Quelques brasses jusqu’aux premières Jangada se balançant paresseusement au mouillage.

 

7 H 30

Profiter du soleil qui commence à cogner doucement. Arrivée de mes 3 congénères. Attente de la cuisinière. Tranquille.

 

7 H 45

Entrée en scène de Jibeira, la cuisinière. Un bon dia qui commence. Echange Franco-Portugais. Enfin Français dans un sens et Portugais dans l’autre. Réinventer un nouveau créole Franco-Hispano-Anglo-Lusitanien tropical. Avec force gestes. Et moult fous rires réciproques. Non, c’est important de savoir si on aura du peixe, des camarao ou de la lagosta au diner. Tout ce que nous sommes est le résultat de ce que nous mangeons comme disait le Gros d’origine Indienne.

 

8 H 00

Petit-déjeuner.

 

8 H 30

Chantal, Philippe et Franck partent sur le chantier du Praiazinha Bar. Je reste écouter pour la trentième fois l’enchainement Tim Paris et Smith n’hack puis Culoe De Song paisiblement avachi dans un hamac.

10 H 30

Je passe sur le chantier saluer Julie et Gautier, féliciter les avancées, compatir aux difficultés, éviter de donner un conseil sur un sujet qui m’est éminemment étranger. J’arrache Chantal au cyber-café. L’heure du bodyboard a sonné.

10 H 45

Retour Croa dos Côcos. Je ne vais pas me faire niquer la session comme hier. Muito bem, la rhétorique rentre. Si çà continue, je vais tomber pour prosélytisme aggravé. Habillement. En alternance mettre le short magnolia bleu ou rouge. Se tartiner de crème. Jambes. Particulièrement derrière les mollets et les genoux. Avant-bras. Epaules. Cou. Oreilles. Front. Enfilage du lycra O’Neill. Vérification du premier nœud du short. En faire un second pour attacher la boucle du lycra. Enfiler les chaussons néoprène. Poser les lunettes. Prendre la board. Et c’est parti.

 

10 H 58

Passer devant chez les kiteux. L’air sérieux, la tête haute, limite hautain. Je savais, naturellement, qu’il y a de par le monde des vérités qu’on ne peut apercevoir qu’en relâchant son attitude. Mais ces choses-là méritaient d’être laissées aux autres.

 

11 H 00

Arrivée au pied des vagues. On y va. On ne perd pas de temps à réfléchir sur la hauteur des vagues, s’il nous faut 85 ou 110 litres, le nombre de mètres carrés avec un chiffre après la virgule, la taille de l’aileron, s’il faut une vis de 10 ou de 12. Pas besoin non plus de nous tenir l’aile. On balance la biscotte dans l’eau. On met le leash sur le biceps en gonflant le muscle pour un public invisible. Un regard de connivence. En toute simplicité.

11 H 02

Entrée dans l’eau. Remontée au pic en marchant. Straight on. Les vagues de type beach break pètent dans les mollets. Straight on. Dans les parties. On va arrêter tout de suite les familiarités. Straight on. Dans le bide. Quart de tour. Straight on. Dans les bourrelets latéraux. Ah oui, la trentaine crépusculaire. Straight on. Dans le plexus. Straight on. Dans la gueule. Nettoyage des sinus. Il est temps de se mettre en position, de se caler par rapport au point break. Et c’est parti pour glisser. Glisser et glisser encore. 30 vagues par heure. Les stakhanovistes sont là. Après trop de conditions approximatives. Tirer la chasse d’une période déprimante. Expulser les miasmes d’une fatigue lancinante. Evacuer les relents nauséeux des problèmes à gérer. Un parfum de vengeance, un avant-goût de délivrance. Remotiver les troupes. Revenir aux fondamentaux. Remonter au front, les blessures non cicatrisées, état anaphylactique. Claquer du ride. Encore du ride. Sans retenue. Ride, ride, ride tant que la musique durera. Nos cerveaux laissés à terre. Du fun à la place. Du pur instinct animal surtout. Le retour de la bestialité. Etat cataleptique. Transe extatique. Tranxène neuroleptique. Folie. Ecervelé. Timbré. Allumé. Complètement vrillé. Passage en machine à laver. Programme complet à 2000 tours par minute. Avec essorage intense. Plus besoin d’équilibreur de champs magnétiques. Bouffer de la mousse. L’étaler sur la biscotte. La caresser au mieux. The Foam Toucher.

12 H 03

On attend la grosse série. Un mur se brise et la lumière jaillit. On se regarde. La surfeuse de vermeil pousse des cris de joie. Frankiki tient sa board comme Lampiao serrerait Maria-Bonita. El Ronchon do Ceara envoie des belezza et des show de bola à tout va. Limite régressif. Brazilian Psycho. Não estar nem ay !

 

13 H 00

Fin du set. Les cangaceiros ont frappé. Retour à la maison, contre le vent, avec la board qui s’agite débilement sous le bras et un sourire peu aérodynamique.

 

13 H 15

Douche extérieure pour la board, les chaussons et le nettoyage de quelques algues. On enlève l’armure de chevalier des vagues. Vraie douche intérieure. On met le short magnolia de l’autre couleur.

 

13 H 30

Les pâtes sont à bouillir. Les autres riders se font une salade. Je n’en suis pas encore là.

 

14 H 00

Sieste tropicale.

 

16 H 30

Inspection des travaux pas finis du Praiazinha Bar.

17 H 30

Baignade ou seconde session au soleil couchant qui irradie les éoliennes de la baie d’Icaraï.

 

18 H 00

Douche. Tenue de soirée. Crème anti-moustique. Matage du coucher de soleil.

 

18 H 30

Première Caïpirinha de Philippe avec les citrons du jardin et de l’Ypioca. Ypi-ypi-ypioca, paixão Brasileira !! De l’avis général, elle n’a jamais été aussi bonne. C’est un métier. Seconde Caïpi. Non vraiment, de l’avis général, elle est encore meilleure.

 

19 H 00

Repas. Ce soir sem pequenos. Cà fait plus de ragoût de Lagosta dont je ne vous donnerai pas la recette. Et plus de vinho tinto Chileno. De celui qui tape à 14°.

Soirée

Ecouter le Köln Concert jusqu’à plus d’heure. Il parait que les vrais dandys préfèrent le Bremen. Non, personne n’a filmé mon imitation du maître. Discours d’esthètes qui parlent avec les mains. Faire jaillir quelques conneries. Partir en plein délire. Demain, on se fera une picagna. Après avoir pris notre dose de surf. Regarder les étoiles sur le sundeck. Le nuage toujours à la même place s’appelle la voie lactée. Contempler. Profiter de la vie. Avec passion. A la folie. Não estar nem ay ! Acabo ! Fechado !

Les choses pas faites

Acheter un Hobie Cat 16 au Iate Clube de Forta, aller à Jericoacoara, aller à Ilha Do Guajiru, débuter le kitesurf, faire un tour en Jangada, passer une soirée au Pirata à Fortaleza.

Les choses incongrues que j’ai faites

Ecouté du Forro (à plein Watt), porté la moustache (1 jour), peint un carnauba au vernis maritime (2 couches), fait du vélo (sans me casser la gueule), passé une soirée à l’Academia d’Icaraï (avec, cette année, Berghain, le Rex, The Fabric, El Nitsa Club, le Showcase, cherchez l’intrus), porté des tongs (le temps d’avoir les stigmates sanguinolents)

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