Regenèse à Raguenez

Depuis 7 ans, le R-Team n'était pas retourné sur Raguenez. Chaque année, l'idée d'un raid sur Bréhat revenait au printemps, des tentatives poussives étaient même esquissées ... pendant ce temps, d'aucun multipliait les sets futiles, d'autres se perdaient dans des navigations subtropicales ... et là, cet été, enfin, la synergie des motivations et des disponibilités a rendu possible un raid cata en autonomie complète qui nous a permis de revenir aux sources mêmes du R-Team.

Prologue - lundi 8 août 2005

Retrouvailles du Team chez Did pour une pasta party. Les raiders ont dévalisé D4 dans la journée et chacun y va de sa petite polaire qui biche, de son caleçon long GoreTex stylé ou de son duvet mini-size mais ultra technique. Gast, une vraie préparation du Bal des Débutantes ! On nous a connu moins maniérés, comment dire ... plus pouilleux, plus Raid-Wear quoi.

Jour 1 - mardi 9 août 2005

9 H 30 voit le rassemblement de l'escadre à la cale pour revue de paquo, chargement et préparation des catas. Les équipages sont composés de Riton & Goulven sur le HC 18 (R4), Che & Koko sur le HC16 (R5) et Did & Iron sur le Prindle (R6).

Comme prévu, on met les voiles à 11 H à la pleine. Enfin, R5 et R6, car le crew du R4 décide d'aller acheter des sandwichs et de manger avant de partir (sic). Du coup, R4 part midi largement passé pendant que les 2 autres catas poireautent à la cape près de l'Ours Seul. On se retrouve enfin vers 13 H pour tracer vers l'aventure, le courant dans le cul, sous le soleil et vent de Nordé.

Et c'est parti pour 2 petites heures de navigation au bon plein vers le Mez de Goëlo. Le vent est limite faible mais on avance quand même pas mal. A l'approche des Charpentiers, les gars du Prindle tentent un passage au milieu des cailloux, pendant que les 2 autres font tranquillement le tour.

Regroupement devant la Chambre pour une arrivée groupée de l'armada à Raguenez vers les 15 H 30 qui offre l'occasion d'une bonne libération urinaire. Riton et Goulven profitent de l'occasion pour réparer la barre de liaison des safrans qui s'est pétée. Repair, Repair.

Soulagés, rassasiés, nous décidons de nous lancer dans une ballade autour de Bréhat.

Le départ est un peu rock'n'roll pour R5 qui râpe sur un banc de sable. En passant devant l'île Verte, les 2 Hobie passent leur temps à relever les safrans pour se dégager des laminaires. Puis, on attaque une sortie du chenal de Lézard au près. On croise un Dragon. Faudra que j'y pense, quand je serai grand.

On salue le phare du Paon puis R6 et R5 décident de forcer le chenal qui aboutit à la Chambre même si on sait pertinemment qu'il n'y a pas encore trop d'eau. R4 fait gentiment l'extérieur. Dès l'entrée du chenal, R5 évite une tête de roche affleurante de très près … genre 1 m … à tout casser. A l'approche du mouillage de la Chambre, il semble y avoir de moins en moins d'eau même si un kayak nous précède. R6 fait poc. R5 essaie d'écraser un caillou sur toute la longueur de la coque tribord. Il est temps de progresser à pied dans 50 centimètres d'eau. Finalement, on arrive à passer, on zigzague entre les 50 000 bateaux mouillés à la Chambre et on arrive tranquillement à Raguenez.

Une belle journée de voile partagée avec autant de bonheur par tous les participants, repus de navigation, de mer bleue et de granit rose.

Une fois les affaires déchargées sur la plage de l'île, il est rapidement temps de passer à la récupération des guerriers en lançant l'apéro. Et là, pas de triche, on ne badine pas avec le matos de sécurité, à savoir 2 rhums, 2 whiskeys, 2 coca, 2 jus d'orange, 1 rosé, 6 gobelets 50 cl ou plus. Lestés de 2 tournées, nous attaquons l'ascension de l'île pour le shooting des stars au soleil couchant. Bon, on ne vous le dira pas trop fort, mais la vue panoramique de tout l'ouest de l'archipel Bréhatin est toujours un pur bonheur.

Comme une harmonie. Un septennat qu'on avait loupé çà. Retour d'exil pour les Princes de Raguenez.

Que dire du reste de la soirée ?

Qu'on a mangé, mais pas de Puffin, qu'on n'a pas vu de bouquetin, qu'on a apprécié la chaleur de nos polaires qui bichent, que Koko a un bonnet à la Guy Rouge, qu'on a fait un petit feu sur la plage alimenté, quand le bois vint à manquer, avec beaucoup de goémon dégageant une bonne odeur de vieille moule pourrie mêlée à celle du crabe mort, que Goulven nous a dispensé d'un cours d'astronomie dont la rémanence essentielle fut que Cassiopée est dans le prolongement de la queue de la Grande Ourse, qu'on a remis en eau les catas à 1 H du matin pour éviter qu'ils ne finissent en demi-coque, que Riton, Grand-Maître du Feu sus décrit, est tombé à l'eau à cette occasion, qu'on a emballés les jambons dans le torchon vers les 2 H 15, qu'on s'est bien marré … et qu'on a tout bu.

 

Jour 2 (mercredi 10 août 2005)

On se réveille en douceur mais sans mal de crâne vers les 8 H 30 dans la rosée, un peu fatigués par les assauts des puces de mer conjugués aux concerts à répétition des mouettes et des goélands. Le bout de plage où nous sommes ressemble vaguement à un paysage de lendemain de Teknival. On savoure le café face au soleil … et dos à la mer.

Quelques uns parmi nous décident de se laver en se baignant à oualpe dans une eau fraîchounette. Ah, le plaisir de la nage à nu avec la paire de jbel délicatement mise en ordre par les filets d'eau. Lavés et restaurés à la krampouze, on attaque doucement le rangement et le nettoyage du campement.

On appareille à midi avec l'arrivée des touristes journaliers. Et c'est parti pour le show avec le vent dans le nez, le courant dans le nez, et quand on l'a dans le nez celui-là, on l'a dans le c.., direction home.

Pendant que le HC 16, suivi du HC 18, serre au plus près dans les contre-courants devant Bréhat, le Prindle se fait emporter par le courant du Ferlas, pour finalement passer en force à travers un champs miné de caillasse. Espèce de chiens de talus. L'armada se retrouve au niveau des Charpentiers pour basculer dans la baie de Saint-Brieuc.

On attaque la dernière ligne droite avec les PM +3 et 4H, limite vent arrière avec très peu de vent. R4 tente une option hasardeuse à la côte, R5 se cale route directe, R6 tente une échappée en lofant et en taillant vers le cap Fréhel puis se recadre sur la route de R5. Pourtant, la route c'est simple, il suffit de suivre l'alignement de l'île Harbour par le mât du R5 [NdW : Niark, Niark].

C'est chiant, çà n'avance pas, c'est long et au nord de Saint-Quay, il y a plus de vague que de vent d'où des chariots de GV qui battent péniblement.

Du coup, R4 s'arrête à Plouha pour blinder son gréement. En passant devant le port de Saint-Quay, on retrouve enfin du vent qui nous pousse vers Binic, où c'est pile la basse mer, c'est-à-dire que l'eau est à 1 borne de la cale aux dériveurs. Eh oui, il est déjà 17 heures. 5 heures de nav dans pas de vent et courant dans notre face.

On se prend une petite heure de pause au bas de l'eau le temps de débarquer quelques sacs. R6 remonte la borne de vase sablée avec le cata sur la remorque pendant que R4 et R5 s'envoient un set copieux en attendant que l'eau arrive enfin à la cale. Fin du set peu avant 20 H, avec la hâte d'arriver.

Epilogue

Rincés, limite béats, mais heureux, on se fait un débriefing civilisé en avalant des brochettes de bœuf au restaurant, pour prolonger le plaisir et la communion. On l'a fait. Les raiders renaissent. Maintenant qu'on s'est lancé, les idées fusent pour de nouvelles destinations de raids.

Informations pratiques

Un tel raid sur Bréhat demande une organisation et une logistique sans faille, un matériel fiabilisé et une condition physique des équipages irréprochable. Non, je déconne ! Quelques éléments en vrac.
L'île de Raguenez étant premièrement un île et deuxièmement déserte, il faut amener sur le cata, et non en voiture ou en Zodiac, l'ensemble de l'avitaillement et des équipements personnels. Sur le Hobie 18, les affaires sont rangées dans les coques et dans un petit bidon délicatement harnaché par Riton sur le flotteur avant, sur le Hobie 16 dans des sacs étanches sur le trampoline et sur le Prindle dans les coques et dans la baille à spi. Ce qui fait somme toute assez peu de place pour l'avitaillement notamment, l'eau çà prend de la place, et qui limite le nombre de jours d'autonomie.

Pour le cata, tout le monde a pris des pagaies, utilisées lors de la remise en eau nocturne, mais l'erreur a été de ne pas prendre un petit grappin pour l'armada, ce qui évite de (dé)faire des noeuds de chaise sur des cailloux à 5 m sous l'eau. Comme on n'a pas dessalé, on ne sait pas trop ce que çà donne avec un cata chargé. Par ailleurs et pour rappel, un faufilage entre les cailloux dans une zone à fort marnage c'est forcément sources de pets au minimum pour les safrans et éventuellement pour les coques.
En terme de distances, Binic -Bréhat représente environ 15 milles théoriques, le tour de Bréhat une petite dizaine de milles réels et notre petit set final 10 milles. Pas mal mais pas faramineux non plus.

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