The Binician Catamaran Sessions

Combat de coq(ue)s

Par une belle journée de novembre en Bretagne, c'est à dire avec du vent, du froid et de la pluie, 2 coqs décidaient de se pouiller cata militari. Les coqs, un Hobie 16 et un Prindle 18. Le poulailler, le Play-Sea Arena de Binic. L'enjeu, être le King automnal du PSA.

Tout commence par un réveil particulièrement embrumé, genre avec 2 grammes dans chaque poche, pour Che, Koko & Goul qui ont travaillé toute la nuit. La veille, Che et Did ont établi le temps, peut-on réellement parler de record, sur le parcours 1 et ont abreuvé, au propre comme au figuré, leurs potes toute la soirée. Tout çà parce qu'ils avaient accédé à la caste des Defender. D'où l'impression d'avoir une meute de zybelines dans le crâne en tétant maladroitement le double café du bar le Charly sur le coup de 11 H du matin. Contrairement aux multicoques de la Transat Jacques Vabre qui préféraient rester au chaud, les multicoques de la route de la bière et du sky-coke réunis, eux, décidaient de se lancer dans un set de furieux. Au programme, pluie, froidure, mer plate, marée down-tide et vent irregular entre 15 et 25 noeuds de SW.

Vidéo : R5 versus R6

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Concours de runs

Che & Koko sur R5 (Hobie Cat 16) dégainent les premiers suivis de Phil & Did sur R6 (Prindle 18). Pas le temps de compter les pas, çà envoit du bois tout de suite. Au vu du temps pourri, du fait qu'on est vraiment les seuls sur l'eau pour ce set dominical et surtout de notre état de forme approximatif, on décide de rester jouer sur le play-sea arena et même plus précisement de faire des allers (bon plein) et retours (travers) entre la cale et les falaises en face en longeant la plage.

Les focs ouverts, la GV bordée autant à fond que faire se peut, les équipiers saluant chaque raïse par une sortie acrobatique, les runs s'enchainent à la vitesse de la lumière. Et là, ya pas à dire, même si R6 est plus puissant, genre BMW V6, R5 tient plus que largement le speed, genre Supercinq avec un moteur kité à l'éther. Je sais pas vous mais moi j'me comprends dans mon analogie. Chaque bipode vit des moments magiques, genre pleine balle avec des sur-accélérations. Cà tracte comme pas possible. Le play-sea est lacéré par les étraves affûtées des guns au mieux de leur forme. R5 en profite pour inventer (?) le virement wheeling. Pour le faire, c'est simple, il suffit d'entamer le virement, de faire dans la foulée un bon vieux départ au lof, de garder l'équipier au trap à l'arrière et de profiter que le vent prenne sous le trampoline. Avantage, le virement est super rapide. Bon la contrepartie, c'est qu'on recule de 20 bons mètres.

A la baille tu finiras

Au bout de 2 heures intenses de set, le trap de Koko pète et le voila dans la flotte 5 m derrière. Enfin, le temps de le dire çà fait déjà 25 m. Che choque tout en grand mais le 16 continue sa course. Il décide finalement de virer et de se mettre à la cape tandis que Koko nage comme un dératé. Accroché au bateau, il tente de monter sous le vent ce qui, une grosse rafale aidant, fait dessaler le 16. Che fait un gracieux vol plané et évite de peu le bout de la bôme. Autant vous dire que ça réveille sévère. En remontant sur la coque, on se rend compte que R6 est aussi parti au tas. Le ressalage se passe bien et surtout rapidement ce qui constitue une première pour les gaziers du R5.

Côté R6, Phil à la barre et Did au trap se la pètent grave devant l'objectif de la caméra et les quelques badauds. Une bonne risée, un choquage insuffisant de la GV, un bateau qui monte, qui monte, une sorte de départ en spin-out lorsque le gun est gité à 45 degrés, et voila nos 2 gaillards au tapis. Plus exactement, Did fait un plongeon digne des jeux olympiques et Phil joue au chat perché. En clair, le Prindle s'est retourné comme une chips (attention blague). Au passage, une dérive pivotante se barre. Celle-ci sera récupérée par Goul en pinche dès qu'il eut terminé de filmer.

Après les ressalages, les gunners cloturent le set en rentrant tranquillement avec la joie d'avoir acquis une bonne dose de quickening.

Du pâté pour les chiens de talus

L'été 2006 aura présenté des conditions climatiques peu estivales mais bon, comme on commence à masteriser le sujet, cela ne nous a pas empêché de naviguer un peu. Pas trop mais chacune des sorties fût bonne. Dans des conditions plutôt musclées. Tout dans le copieux. Comme un pâté. Pour chiens de talus. Explications zoomorphes.

Vidéo : HC16 calvacade

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Set 08/08/2006

Je retrouve à la cale Phil, pour une première, le facteur et pompier du tout Binic qui est venu avec son quintal pour tâter du Play-Sea Arena vernaculaire alors balayé par un bon Noroît de presque 15 Noeuds.
Sur le premier bord de près, le pépère se cale doucement au trapèze le temps de trouver ses marques et l'équilibre longitudinal. Retour sans souci au grand largue sans besoin de trapèze.
Sur le deuxième aller et retour, le bout de 6 mm, eh ouais quand même, tenant la boucle de trapèze pète sous le poids. Je crois que je vais investir dans des crochets de boucher. Phil fait plouf et vide la piscine. Le temps de réaliser un gracieux empannage et revoilà le beau bébé dans le couffin.
Puis, c'est mon tour sur un bord de près de monter chercher le paradis pour gratter un 490. Le barreur trapéziste affirme une position limite professionnelle, genre photogénique. Au moment où je borde poulie dans poulie, la boucle du trapèze lâche. Je fais plouf verticalement pendant que le cata continue son chemin. La fraction de temps que je mets à comprendre ce qui m'arrive, j'ai alors la sensation d'avoir glissé en pleine déréliction dans un monde parallèle, le cerveau valétudinaire certainement obstrué, immanquable conséquence d'excès ravageurs. Le bout du stick me tape violemment les lunettes qui marquent leur incrustation d'une corolle autour de l'œil qui deviendra bleue le lendemain avant de décliner les couleurs chatoyantes de l'arc en ciel. Mais je n'ai pas lâché l'écoute côté chariot et peux remonter une fois le cata arrêté.
N'ayant plus aucun trapèze à bâbord, on rentre tranquillement.

Set 13/08/2006

Che & Did enfourchent R5 pour une session qui démarre sur les chapeaux de roues dès le passage du phare. Il y a là une bonne vingtaine de noeuds et une bonne houle qui doit venir du Pacifique Sud. On se cale doucement au près. Enfin, quand je dis doucement, on passe en mode crabotage dans le putain de chantier. Le chien de talus est un sale clebs qui aime arborer les chemins de traverse, naviguer à la frange de l'écume d'une mer moutonnante. Ce n'est pas une bête à concours. Encore moins un toutou inféodé à sa mémé. On pisse où on veut. Total free. Soul sailing.

Sur un départ au lof, je choque mais glisse en même temps sur le trampoline. Le résultat ne se fait pas attendre : bouillon direct. On fait pivoter le bateau un peu péniblement pour arriver à le redresser enfin sur ses patins. Pas de casse, c'est déjà çà.
On repasse à la cale pour récupérer le Riton et armer le Hobie version trière. Le HC 16 à 3 c'est fun. Mais si. Sur le premier bord de près, notre vidéaste amateur nous gratifie de sa première production qui assure un minimum pour un clip inside Hell.
Au portant, on surfe toutes les vagues, çà speede au max malgré le poids des trois gaillards. Riton au trapèze se fait shooter en plein ballet aérien par une vague scélérate. Et le voilà à faire la ribouldingue à l'arrière du cata, toujours suspendu au trapèze, sous l'oeil goguenard de ses peu charitables commensaux de pâté. Sur le deuxième bord de portant, on enfourne à pleine vitesse. Tout le monde est satellisé. On redresse sans souci le bordel. On repart. On réaccélère et on se re-gaufre quasiment dans la foulée. Rebelote. Et dix de der. Ravis de ce set fumeux et mouillant.

Set 18/08/2006

Riton & Koko sur R4 (Hobie Cat 18) et Che & Did sur R5 à l'attaque du vieux record des vieux sur le parcours 3 du défi. La mer est plate et le SW souffle à F4-5. Descente downwind au gré de la force du vent pas toujours soutenu. On se loupe encore un peu sur la bouée du Légué mais çà va finir par rentrer. Remontée au bon plein dans un vent enfin régulier. A bonne vitesse. Le plaisir d'une navigation propre. L'harmonie du crew et de son engin. La célébration du mariage morganatique de la jouissance extatique d'un speed débridé et d'une concentration physique et haletante. Et la gnose, c'est du poulet ?
On merdoie encore sur la bouée d'épave. Mais la navigation, çà va finir par rentrer. Dernier tronçon du parcours à tirer des bords péniblement pour une arrivée nous permettant de battre le record en 1 H 34 min 30 sec. Yes.
Comme on est content, on gratifie les stagiaires de l'école de voile, en cours de préparation, d'un bord sur une coque, ponctué d'un virement à 10 m de la cale.
Riton & Koko arrivent peu après nous et améliore aussi le record en 1 H 42 min. Tout à leur joie, mais minés par un parcours somme toute épuisant, ils réalisent une rentrée fracassante (pour une dérive) à la cale.

Wreck within the realm of a dying sun

Ce devait être le point culminant d’une saison Bretonne qui avait retrouvé des couleurs. Des conditions au top pour une fin septembre. L'attaque d'un record. On a rêvé l’Olympe et on a eu Vesoul. Ou Verdun. Pour être plus précis.

Retour au bled dans le bonheur de retrouver les siens. Se lever du bon pied, reposé. Déguster, en famille, les premières praires farcies avec un bon Bordeaux. Savourer un café en terrasse d’un troquet ensoleillé

Vidéo : Wreck within the realm of a dying sun

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Une navigation qui se dégage avec Didier qui sacrifie, par pure amitié, un set de planche pour une virée en catamaran. Il y a 12-15 nœuds de vent d’Est. Ce qui reste assez rare. En plus, il fait grand soleil et pas trop froid. Et çà, c’est encore plus rare. On se dit alors que cette sortie va constituer le pinacle d’une saison qui s’est bien ressaisie par rapport aux deux précédentes.

De l’envie. La décision immédiate d’aller taquiner le long parcours. On se lance. Dès le début, on gratte, en cap et en vitesse, au près un Koko, planchiste sous-toilé. Cà c’est fait. On avance plutôt à bonne allure jusqu’à la pointe de Pordic. Mais après, en face des Rosaires, le vent faiblit un peu mais pas la mer, en version champs de bosses. Du coup, on plante des pieux et la vitesse s’en ressent. Didier peste de se faire bouger en bout de trapèze comme un quartier de bidoche chez un équarrisseur. Le temps contre le record s’égrène de façon inquiétante.

Ayant viré la bouée de dégagement du Légué, après quand même 40 minutes de près, on peut enfin abattre et lâcher les chevaux. Cà va plus vite, genre 14 nœuds, mais çà tape pas mal dans ce terrain cabossé. Didier s’éclate à shooter le run du trapèze, malgré les ornières. Après à peine 20 minutes, on est à l’approche de la Roselière. Le record redevient accessible même si ce sera juste.

Et puis, le trapèze de Didier lâche. Le cata part immédiatement au tas. Je n’ai pas le temps de choquer la GV que je suis déjà à l’eau. Didier est 20 m derrière mais il a encore l’appareil en main. Je vois rapidement que la tête du mât ne fait pas un angle normal. Comme dans le mauvais souvenir d’une jambe cassée. La raison on ne la connaît pas. Un retour de lâchage du trapèze qui aurait arraché le fer à cheval qui tient haubans, étai et trapèzes ou une vague à fragmentation sur le dessalage qui a été violent. Ou les deux.

Le cata fait la cloche et bizarrement on a l’impression que le cata flotte entre deux eaux. Nous voilà moyennement rassurés. Comme le mât est cassé presque net juste au dessus des attaches de haubans, et que, de fait, il est gorgé d’eau, on n’arrive pas à remonter le cata au minimum sur une coque. Un pêcheur en zodiac vient nous aider en soulevant le bout de ce qui reste comme mât. Au bout de deux tentatives, vite épuisantes, on arrive enfin à remettre le cata sur ses pieds. Durée de l’opération, vingt bonnes minutes. Vingt très longues minutes.

On repart au portant sous foc seul. Un truc qui tient encore heureusement. On range le bordel. On est content que le vent d’Est, donc de mer, nous ramène au port, éclairé par le soleil couchant d’un automne qui approche mais qui dispense encore quelques réminiscences de chaleur.

Et là, on contemple le carnage. Mât en deux morceaux, ralingue de GV déchiquetée, trampoline définitivement explosé ... tristesse infinie sous les vannes crispées et une forfanterie de façade. Le masque d’un sourire nerveux. Mon Hobie Cat 16. Le premier bateau que j’ai acheté. Ma seule propriété. 46 sorties au compteur. Dont 45, brillant vainqueur par OK avant la limite. Trop tiré sur la bête. L'usure, on ne s'en méfie jamais assez.

Retour tranquille à la cale. Pâtes de fruits pour requinquer le bonhomme, au moins physiquement. Rangement des bouts de cata éparpillés. L’imagination qui part déjà en vrille vers un Spitfire, un Laser, un Dragon, un M2. L'imagination, trop rapide exécutrice d’un canasson blessé.

This is the end !

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