Prologue

L’avant raid de cette virée catamaran en Adriatique fut pour le moins chaotique. Destination négociée, perte énigmatique de chèque par l’UCPA, fritage extra-sportif et changement d’itinéraire mal communiqué la veille du départ. Et là, on se dit que c’est pas forcément gagné.

Furie dans les Kornati

Day #1

Tout commence trop matinalement par un réveil à 3 H 30, un taxi à 4 H 15, la récupération de Jeanne à 4 H 34 puis des billets à 4 H 49 à Orly. Après à peine 2 heures d’avion, nous atterrissons à Dubrovnik vers les 9 H. A la sortie, je retrouve Marco, de Hobie Cat Aventure, et, bonne surprise, Corinne. Je suis super content de les voir mais Marco me douche d’un « Ah Gaël, pourquoi t’es venu, ici, c’est le bordel ! ». Je comprends que je vais ne les voir que le jour même, le raid étant déplacé au nord dans les Kornati sous la houlette de Sébastien, rencontré lors de mon tout premier raid en Thaïlande.

Du coup, on est parti pour 350 km de bus, soit 6 H avec une pause d’une heure pour déjeuner. Pendant les pauses, Marco, qui nous suit avec sa voiture, m’explique qu’il doit quitter le pays ce jour et qu’il a été balancé pour cause de permis de travail pas valable. Rattrapé par la haine, niqué par le destin. On arrive à 17 H à Pakostane, la patrie du héros local Ante Gotovina, pour retrouver Sébastien installé depuis quelques années en Croatie avec Manuela et qui a monté sa propre structure, Galeb Aventures. Repas de mixed grill de viande accompagné d’un peu de vin blanc puis perception des chambres et dodo après cette éprouvante journée inutile.

Day #2

Entre la chaleur, les moustiques et les coqs, la nuit a été dure. Petit-déjeuner dans un bar en front de mer, puis retour à la base pour la préparation du paquetage du raid. Le temps de préparer toute l’armada, à savoir 3 HC 16, un SL 16 et 1 HC 18 Pacific Wing, on part enfin vers les midi sous un ciel bleu et une bonne brise regular. Enfin, on navigue ! Au près, avec Jeanne toute sourire au trapèze. Après Vergada, on taille sur un long bord de plus de 50 minutes vers les Kornati. Le temps est idéal pour naviguer, au point que je me fendrais même d’une montée au trapèze en barrant. Mais si. J’ai un témoin. Le bateau est bien équilibré, la vitesse bonne, le team, easy, en communion et en félicité. Du coup, on est gratifié de la vue d’un dauphin, ce qui devient une habitude car nous en avions déjà vu 2 une semaine plus tôt à Binic.

Le temps que les autres nous rejoignent, on s’engage dans une passe, entre 2 séries d’îles, qui fait penser à un fjord. Le vent faiblit un bon moment et le courant contraire est fort. On inaugure un proverbe Croate, quand tu entends les cigales, il est temps de virer. Il est à noter que je me dégage de toute responsabilité auprès de ceux qui souhaiteraient utiliser cette technique en terres Bretonnes. La remontée est un peu longue mais finalement on arrive au bivouac après 7 heures de navigation sur l’îlot de Pinnizelic à côté de l’île de Zut. On monte les tentes entre les caillasses et on se délecte de maquereaux grillés et de patates à l’eau. Cuisine typiquement … Bretonne. Couchés tôt après cette longue journée utile.

Day #3

Ballade matinale au somment de l’île de Zut pour matage panoramique et quelques photos. On repart, au près, par la passe de Proversa, puis on redescends dans la grosse pétole vers Levernaka. On monte le campement dans un camping officiel où il y a même une douche qui fait du bien. Apéro puis repas au konoba, le resto Croate, à base de poisson grillé. Digeo au Mataxa, the greek spirit of distinction. Faut au moins çà pour des raiders !

 

Day #4

Bain matinal avec les naturistes, petit-déjeuner puis rangement du campement. Et on repart côté Adriatique des Kornati dans assez peu de vent et un peu de houle. Il ne fait pas très beau non plus. Encore au près et çà n’avance pas très vite. Le team fonctionne à 2 à l’heure. Quelques belles falaises. Et puis, on arrive à Telasica sur la seule plage de sable de Croatie. Le soleil est revenu. Enfin, on peut beacher, faire la vaisselle avec du sable, s’allonger sur la plage. En fin d’après-midi, on part vers les falaises faire quelques plongeons. Les falaises sont des tombants et l’eau présente une couleur bleue … profonde. Mais les nuages arrivent et on rentre au campement sous la pluie.

Du coup, pour le repas du soir Seb nous bricole une tente avec une GV. Mais l’orage éclate et la pluie tombe drue sans discontinuer. La GV fuit de partout. Après la dégustation des poivrons farcis de la belle-maman de Seb, on lance un jeu du loup-garou, auquel je n’avais pas joué depuis le raid en Thaïlande, sous la houlette de Jeanne,  maîtresse professionnelle du jeu. Mais trop de pluie et plus de lumière achèvent les villageois. On se réfugie dans les tentes pour vérifier que leur étanchéité reste approximative sous les éclairs, le déluge et les coups de vent qui dureront une grande partie de la nuit.

Day #5 

Le réveil est humide, forcément. Il reste beaucoup de vent et pas mal de nuage. Après avoir checké le plan d’eau au vent, on part avec 1 ris dans la GV à l’attaque de la passe de Proversa. Le vent est super irrégulier entre 15 et 25 nœuds. Dans la passe, le vent n’arrête pas de tourner, le courant est redoutable et les virements de bords sont compliqués. Par incompréhension du plan d’eau, je lâche un nombre certain de putain merde, dont au moins 3 sur un virement raté à 5 m des cailloux rétabli in extremis par l’action cordonnée d’une marche arrière bien négociée puis d’une relance au foc dans le bon tempo. Restait 30 cm pour les safrans. Finalement, on arrive à passer et on se dégage de la passe pour attendre les autres. On est content parce que çà a quand même été chaud.  Et puis on attend. On attend et on ne voit arriver personne. On attend encore un peu et puis finalement on refait la passe dans l’autre sens, mais au portant, pour retrouver les autres … qui nous attendent. Finalement, comme le passage est trop chaud on se met à quai sur l’île de Katina.

Déjeuner rapide, café au konoba d’à côté puis ballade vers le sommet de l’île puis apéro vers les 16 H 30. Retour sur le quai pour monter les tentes Quechua - çà ne vous rappelle rien ? - et dîner dans le carré extérieur du bateau accompagnateur de Touki, dit Kiki, et de Natacha. Kiki nous offre l’apéro et nous flinguerons sa cave avec plaisir. De fait, Pépé et Mémé et leurs boules Quies se coucheront dans un grand fou rire. 

Day #6

Il y a toujours énormément de Tramontana. Alors on se fait la passe, remorqués par le bateau accompagnateur. Et puis on se met à l’abri, sous le vent d’une île. Finalement, le vent semble baisser enfin et on décide de partir vers Pasman notre bivouac cible. Le démarrage est plutôt sportif mais çà va. On passe sous le vent des îles et enfin on peut lâcher les chevaux au travers. Seb, le goéland des Balkans, tout seul sur le SL 16, caracole devant, pleine balle. Une remontée de bretelle de la part de mon équipière favorite et donc je double notre guide. Le temps est redevenu super gris et on sent que le vent forcit. On continue pleine balle mais sur un départ au lof, on ne peut empêcher le bouillon. Seb qui croit que c’est un autre équipage vient nous voir puis, voyant que c’est nous … nous abandonne. Le redressage se fait plutôt rapidement mais on est trempés et rapidement frigorifiés.

On repart mais plus calmement et surtout en grelottant. Passé Pasman le vent monte à plus de 30 nœuds et l’orage éclate. Instinctivement je compte 5, d’autres 4, d’autres auront oubliés de compter. On choque tout en espérant que le vent ne monte pas plus. La pluie se déchaîne et rebondit sur l’eau. On part en fuite au portant. Je tremble tellement de froid que le stick fait des castagnettes sur la plateforme. Une relative trouée dans les nuages nous fait voir Pakostane qu’on atteint sur un dernier bord de près on ne peut plus musclé avec Jeanne au trap malgré des jambes flageolantes. C’est encore en grelottant que l’on dégrée. Je suis admiratif de la louloute qui a assuré comme une chef. Je n’avais pas vraiment de doute mais bon les conditions ont été particulièrement éprouvantes même pour un rascal Costarmoricain.

A la base, Seb et Manuela requinquent les équipages avec un thé au rhum puis le soir, et malgré l’absence de nos affaires restées sur le bateau accompagnateur qui est parti se planquer dans les îles, on profite d’une bonne douche, d’un bon resto, de bons cocktails et d’un bon lit.

Day #7

On est sensé récupérer nos affaires de raid, le groupe de raid kayak et prendre le bus à 10 H. Mais les affaires n’arriveront qu’à 14 H et on partira à 15 H. La matinée est donc on ne peut plus chiante et on enchaîne avec 6 heures de bus. Nous qui voulions visiter Dubrovnik, nous n’y arriverions qu’à 20 H 30. Mais le cadre de l’hôtel est plutôt sympathique. Et on arrivera à visiter un peu la vieille ville de nuit avant de filer dans les bars. Cà aurait mérité largement plus de temps.

Day #8

Lever tôt, trop tôt, petit-déjeuner, bus pour l’aéroport et retour Orly.

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