Raider Better Faster Stronger

 

de Pakostane à Lumbarda

 

Prologue

Trois ans que je ne n’avais pas fait de raid catamaran. Trois ans que je n’avais pas fait de catamaran tout court. Putain trois ans. Qu’est-ce que çà passe vite ! Alors quand Sébastien, de Galeb Aventures, a proposé un nouveau parcours en one-way de Pakostane à Korcula, la ville natale de Marco Polo, sur la première semaine de juin 2012, il m’est devenu instantanément et instinctivement nécessaire de réagir. D’arrêter de vouloir mobiliser plein de personnes pour m’accompagner sans n’en capter aucune. Donc de m’inscrire. J’aurai bien essayé quand même de teaser un peu quelques amis, mais sans succès. C’est donc seul que je prends l’avion pour Zadar via Münich. Avec dans mes bagages un petit SMS amical : Putain !!! Régale toi !!! Tu nous fais rêver mais on va bosser bosser bosser c la vie mon poulet !!! Enjoy !!! Gros bisous.

 

 

Dimanche 3 juin

Arrivée à Zadar dans l’après-midi. Taxi pour Pakostane. Retrouvailles de Sébastien et de Tom. Rencontre avec Jean-Christophe, Nathalie & Eric, les autres raiders, avec déjà pas mal de raids dans les pattes : Mada, Seychelles, Thaïlande, Croatie, Turquie. A se demander comment on ne s’est pas croisé avant. Diner au Konoba pour déguster des moules puis un risotto à l’encre de seiche, le tout agrémenté d’une bonne bière, Pivo en Croate. C’est important de connaître les mots essentiels. Puis pot de bienvenue à la paillotte chez Vlado. Quelques explications sur la genèse de ce raid. On doit livrer 2 Hobie Cat 16 et un Zodiac à la base UCPA de Lumbarda. D’où l’idée de profiter du convoyage pour en faire un nouveau raid. Et qui dit quelques explications, dit quelques verres.

Lundi 4 juin

Au petit-déjeuner, avec une dégustation de Bourek viande, la troupe se complète de Drasko, le local de l’étape, qui a un Capricorn et de Fabien, guide kayak à Galeb Aventures. Du vent fort est annoncé ainsi que des orages en fin de journée. De fait, on décide de ne pas partir directement en raid et de rester sur Pakostane pour le soir. On grée 3 catamarans puis on prend la direction, au près, de l’île de Vrgada. Je suis avec Jean-Christophe sur un SL 5.2. C’est la reprise, çà souffle, je suis au trapèze, je suis content, je me fais rincer, mais je suis content. On met tranquillement une heure et demie pour arriver à Vrgada. C’est la reprise, je vous dis. Pique-nique sur la plage puis ballade digestive au sommet de l’île. Il est temps de rentrer au portant. Le vent est monté à 18-20 nœuds et il y a un bon mètre de creux. Jean-Christophe ne peut éviter l’enfournement et me voilà catapulté dans l’eau pendant que le catamaran réalise un beau soleil. Le spi est sorti de sa chaussette pour une tentative de chalutage. Le bateau dérive très vite malgré tout. On arrive péniblement à remonter le bateau et l’absence de martingale rend notre remontée à bord bien compliquée pour ne pas dire limite chaude. On affale la grand-voile et on rentre sous foc seul. L’épisode qui aura duré 20 minutes m’aura laminé et laissé quelques bleus bien répartis sur à peu près tout le corps. Bonne douche réparatrice. Diner à la base chez Sébastien avec les incontournables et inévitables poivrons farcis de belle-maman de Seb. Bilan de la journée, et bien, progression sur l’objectif, nada. Reste toujours 95 milles nautiques de route directe. Mais bien content de ne pas être en bivouac sous l’orage.

Mardi 5 juin

Au petit-déjeuner, j’évite le Bourek fromage, l’autre façon de manger du Bourek. Bien lesté, on ferme les bidons étanches, on charge le Zodiac avec l’intégralité du matos de bivouac puis avec Jean-Christophe, on prépare le Hobie Cat 16. Je prends la barre de mon modèle fétiche pour voguer Straight On. Ceux qui ont l’habitude de voyager avec moi connaissent ce concept du Straight On. Bref, là, je suis super content. On est au portant. Cà démarre doucement et le vent monte gentiment vers les 15 nœuds. Je suis vraiment super content. Le Capricorn tartine sous spi. Moi pas de spi. C’est toujours moyen mon truc le spi en HC 16. On s’arrête pour déjeuner sur une île en face de Sibenik. L’après-midi Jean-Christophe reprend la barre pour du travers dans une petite quinzaine de nœuds et pas mal de clapot. Sébastien nous trouve un magnifique aber pour bivouaquer quelque part entre Primosten et Trogir. Si vous regardez une carte, vous comprendrez que je n’ai absolument pas envie de vous expliquer où c’est. Drasko nous annonce avoir mesuré sur son GPS une trentaine de milles parcourus et une pointe de son cata à 19,7 nœuds quand il était sous spi. Je regarde Jean-Christophe. Ah, nous, on devait être à 22-23 nœuds. Cette blague fonctionne toujours. Après cette bien bonne journée, on débarque les affaires à terres et on cherche un endroit pour poser les tentes. Et là, c’est caillasse partout, même sous les arbres. Certains se lanceront même dans un terrassement d’un chemin pierreux … Spaghetti, mal cuits, mais bolognaises et roboratifs.

Mercredi 6 juin

Réveil courbaturé de la longue journée de la veille et de la nuit dans les cailloux. On repart dans le petit temps en milieu de matinée. Je suis en équipe avec Fabien. Quoique n’étant pas raciste avec les kayakistes, j’ai quand même demandé à Seb une remise commerciale. Journée relativement tranquille avec assez peu de vent. Le soir on s’arrête dans une crique sur le sud de l’île de Solta. Après avoir mouillé les bateaux, on pose les 4 tentes sur la plage de galets. Pas des petits, des gros tant qu’à faire. Au bilan de cette journée, on aura avancé un peu mais pas tant que çà au final.

Jeudi 7 juin

Ballade matinale dans la baie adjacente où quelques maisons se disputent une vue magnifique et paisible. Rangement du matériel et on initie avec Seb un tandem de Bretons du Nord, assez surprenament complètement inédit. Le vent a basculé Ouest, Sud-Ouest alors on est au près. Je croyais que j’avais signé pour un raid uniquement downwind, mais bon. On s’arrête pour déjeuner sur la pointe Ouest de Hvar, au Nord de Vira. De grandes pierres accueillent les raiders. Après s’être sustenté d’une salade de thon, on repart vers la ville de Hvar pour viser Scedro.

Mais devant Hvar, ses yachts pharaoniques et ses bateaux navettes à touristes, le vent tombe complètement. On se traine vers une petite plage de galets un peu plus loin. L’arrivée de nos imposants catas fait fuir 2 couples. D’autant qu’on pose les catas directement sur la plage. Un monsieur d’un âge certain se sent même obligé de rentrer Babar dans la ménagerie. No soucy man. Pendant qu’une partie de la troupe part s’enquérir de bières, je reste avec Sébastien éplucher des patates. Pivo, purée, omelette. Ma che bueno.

Vendredi 8 juin

Avec un lever tôt et sans trainer, on arrive à décoller vers les 8 heures. C’est la grande journée qui doit nous amener à Lumbarda. Lumbarda avec sa douche, une caïpi et un bon lit. Avec Fabien, et après une mûre réflexion commune de grands navigateurs que nous sommes, on décide de tirer un grand bord de près, stratégique cela va sans dire, vers la pointe Nord de Korcula. Les 2 autres catamarans décident de commencer par tirer des bords le long de Hvar avant de traverser. Résultat au bout de 3 heures de navigation on se retrouve encalminé à la pointe de Korcula avec en gros une petite demi-heure de retard dans le museau. Comme on est toujours dans la pétole, Séb nous remorque pour rattraper les autres. Nous sommes mortifiés mais dignes.

Le vent se lève doucement au près pile orienté sur notre route restante. Dans ta face. Comme il reste pas mal de route, Séb nous balance des sandwichs qu’on ingurgitera en naviguant. Repêchés par la patrouille, les 2 gros malins du matin décident de se reprendre et de passer à l’attaque. Le vent forcit sûrement et on régate avec la Capricorn qui a oublié de faire du cap. Drasko, si tu m’entends. Ceci aidant à éviter l’inévitable branlée attendue. Et puis, pendant que le Capricorn reste près de la côte, on choppe du vent un peu plus au large avec beaucoup de clapots. On est au taquet, à l’affut des moindres bascules de vent, mais toujours en se faisant branler par le clapot. Bref, on est tellement à fond, tendu vers l’objectif, que l’on finit par larguer les autres. Vers 16 H, arrivés à l’approche du détroit entre la péninsule de Peljesac et l’île de Korcula, le vent forcit vers les vingt nœuds. On décide de faire une pause et d’appeler Séb. On s’en prend une pour ne pas avoir navigué en escadre. Bon, rien que de plus logique quand on déconne. Et nous sommes sommés de faire marche arrière … sur plus de 5 milles, si difficilement gagnés. On retrouve tout le monde dans une petite baie pour un dernier bivouac imposé. Ne passez pas par la case Lumbarda, ne prenez pas de douche, ne buvez pas de caïpi et dormez dans la caillasse. Korcula, çà se mérite. Salade du chef Savoyard, pennes à l’huile d’olive et dodo à 21 H.

Samedi 9 juin

Lever tôt. On monte sur les hauteurs pour checker le plan d’eau. Celui-ci est balayé de rafales, bien visibles sur l’eau. On sent que çà va être sport. On part à l’attaque de ce dernier tronçon au près. Le vent est irrégulier en force, entre 15 et 20 nœuds, et un peu en direction. On enchaine les virements de bord dans le clapot. Et on navigue en souplesse. Pas trop envie de dessaler. Sans distancer le reste de l’escadre. Au bout d’une heure, le Capricorn taille sa route vers le continent. Les 2 Hobie Cat 16 poursuivent leur route vers Korcula. Arrivé, comme la veille, devant le détroit où il y a plus de 25 nœuds de vent, on décide d’attendre les autres dans la baie de Racisce. Cà a l’air bien sympa cet endroit. Quelques petits bateaux de pêche. Une église typique. Un bar avec terrasse. Pas trop de monde.

Arrêt de la rêverie à l’arrivée de Sébastien qui remorque l’autre 16 pour un problème de safran ou de je ne sais plus quoi. Finalement, on décide de passer le détroit en remorque derrière le Zodiac. Et puis du coup, au final, on fera le reste du chemin tracté par le Zodiac. Entre Peljesac et Korcula, planches et kites s’en donnent à cœur joie. Arrivés à Lumbarda, nous retrouvons Paul, le responsable du site UCPA. Bonjour, c’est pour une livraison. Un coup de jet d’eau sur la gueule, un short et un t-shirt propre et direction un restaurant pour une bonne Pivo, des brochettes et des frites maison. A peine le repas terminé, on reprend le Zodiac pour rentrer sur le continent. On fait un stop and go à Korcula pour prendre un café en terrasse et quelques photos. Puis on repart pour une heure et demie de Zodiac. On se rend compte que le vent est toujours aussi musclé. On arrive à Igrane vers les 17 H où on retrouve les Capricorn Boyz et Tom qui est venu nous chercher en fourgonnette. Jean-Christophe et Fabien reprennent le Zodiac pour retourner continuer leurs vacances à Korcula.

Pour notre part, on charge tout le matos et on ficèle le Capricorn sur sa remorque. Et donc, 2 heures plus tard, on peut enfin partir pour rentrer. Et là, on se rend compte du chemin parcouru avec les 4 heures de routes. Auxquelles il faut ajouter un stop pour diner, en mode abstème, puis un autre pour déposer le catamaran de Drasko à Primosten.

Il est plus de minuit quand on arrive à Pakostane. Déchargement du bordel, douche rapide et course vers la paillote de Vlado. Tournée de Caïpi. Yalla. Il commence à pleuvoir et à tonner. On va attendre la fin de l’orage. La bonne excuse. Memes Tra. Il est 2 H 30. Plus que temps d’aller se coucher.

 

Epilogue

Régale-toi. Oui. Enjoy. Yes. Une bien belle aventure. Toujours aussi bon. Et fort. Et puis, il y aussi ce plaisir d’avoir ouvert une nouvelle route, déjà baptisée route Marco Polo, pour la confrérie internationale du raid en catamaran de sport, dans un esprit assez proche de la croisière finalement. Vivement le prochain Pula – Dubrovnik. Hein Séb ! Raider Better Faster Stronger !

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