Un peu plus d'un an après le raid aux Seychelles, je retrouve, du 14 au 24 juillet 2007, une partie de la joyeuse confrérie des buveurs de Takamaka pour partir à l'assaut du nouveau raid Hobie Cat Aventures à Madagascar et plus précisément à Nosy Be. Raid sauvage, envoûtant. Autour d'un bon feu du bivouac, ambiance chanson de gestes version, enfin genre, conteur Africain.

Raid sauvage à Mada

Prologue - I need change

Putain qu'il était temps qu'elles arrivent ces vacances. A fond jusqu'au bout, avec même un déplacement pro, la veille, à Liège. En plus, il fait enfin beau en ce vendredi 13, après près de 3 mois de temps de chiotte. Comme un signe. Je choppe Chantal & Philippe à leur sortie de douane et je sais instinctivement que çà a été dur mais que çà va être bon. On sirote une binoche en attendant Alain qui arrivera in extremis. Dernier mini-coup de stress urbain avant le départ. On laisse nos problèmes occidentaux et merdiers civilisés respectifs en consigne à l'aéroport … et on plonge.

Day 1 - One More Time

Pas trop dormi pendant le vol vers la Réunion. Philippe & Chantal non plus qui ont eu la chance d'avoir un infatigable joueur de Djembé sur le siège derrière eux. Avitaillement en carburant au duty free de Saint-Denis puis 2 H de vol jusqu'à Nosy Be. C'est donc globalement très fatigués que nous passons la douane malgache, bordélique au possible, pour obtenir le visa puis pour enfin retrouver Elodie, en trip depuis déjà 2 semaines à Mada. Transfert en taxi, baigné par les odeurs d'Ylang-Ylang et de canne à sucre, puis speedboat pour aller sur Nosy Sakatia où se trouve le Sakatia Passion notre camp de base. Là çà y est, on sent qu'on est en vacances.

Nous sommes accueillis par Marco, l'inénarrable directeur worlwide des opérations humides HCA et Corinne, aka Moukafou, Concarnoise, comme Alain. Nous voilà bien avec 2 Finistériens. Jacques le boss du Sakatia Passion nous souhaite la bienvenue en nous proposant un jus de fruit. Un peu de rhum par-dessus ? Fais péter mon grand, tu ne sais pas à qui tu as à faire ! On attaque par un bain suivi d'une petite ballade peinard en kayak de mer. En soirée, on lance ce qui deviendra un enchaînement classique : apéro à la Caïpirinha, repas au Versus, un vin Sud-aff, remorque au rhum arrangé, puis rhum en terrasse devant chez les Parisiens. La bordée Seychelloise est de retour, les automatismes sont là, le collectif retrouvé, l'ossature est solide, il y a de l'envie pour briller encore cette saison en Champions's League, on attend le sang neuf avec impatience.
Du coup, couché fatigué et pas uniquement à cause du voyage.

 

Day 2 - Come On

Les 2 premiers transferts de l'inter-saison, Jean & Fanny, arrivent le matin. Juste à temps pour la fête dominicale au Sakatia Passion où un buffet voit se regrouper expats et malgaches au son d'un orchestre improbable, mélangeant musique malgache et reprises avec des enchaînements à faire pâlir '3-Dex' Carl Cox. La reprise d'étoile des neiges restera un moment de fraîcheur exotique à jamais gravé dans nos mémoires. Sortie en cata pour les raiders sauf pour moi qui part mouliner de la pagaie en kayak. Dîner sympathique d'intégration des nouveaux venus puis vidage de godets sur la terrasse des Panamiens.

 

Day 3 - Go Away

Les 2 derniers raiders arrivent au matin. La dream team est donc complétée de Xavier et d'Elisabeth, Bigoudène. 2 Finistériennes et 1 Finistérien, nous voilà bien. L'armada se compose de Chantal & Philippe, Fanny & Jean, Elisabeth & Xavier sur HC 18, d'Elodie, Corinne et Marco sur le Hobie Formula, d'Alain & moi sur HC 16, de Mao, Mika, Tso-Tso et 2 autres malgaches sur le bateau accompagnateur. On lance les hostilités par le tour de Nosy Sakatia dans un vent léger et le sens des aiguilles d'une montre. Cà manque un peu de zef mais permet une reprise en douceur. Le HC 16 a un armement digne d'un R-Boat : trampoline s'extirpant de sa ralingue, nécessité de faire et défaire des nœuds pour régler les chariots de foc, bouts de ficelles pour tenir les safrans en position basse, trapèzes du barreur moyennement réglés mais çà on s'en rendra compte plus tard. Je me sens comme à la maison.
En début de soirée, on prépare nos bardas pour le raid. Dîner sympathique d'intégration des nouveaux venus puis vidage de godets sur la terrasse des Panamiens. Je me répète là, non ?

Day 4 - Dolphin Bay

Le raid démarre enfin direction baie des Russes, prénommée ainsi parce qu'un bâtiment de guerre Russe s'est planqué là pendant la guerre Russo-japonaise et a oublié d'être averti de la fin de la guerre. Ou alors, ils tournaient au rhum sévère.
Les conditions de vent sont légères mais le vent commence à monter dans la seconde moitié du parcours, une fois la barre remise à Alain. J'arrive même à me mettre au trapèze. Une fois entrés dans la baie des Russes, Alain voit un gros dos de poisson, vraisemblablement un dauphin sauvage et pas très joueur. Pendant ce temps, Elisabeth, avec Xavier, nous dispense une leçon de tartinage au bon plein qui lui vaudra un compliment de Marco, donc forcément exceptionnel.
Arrivée au premier bivouac. On remonte les catas, on débarque le matériel, on profite d'un bon bain. A l'occasion du montage des tentes, et après avoir écarté quelques bouses séchées de zébu, Philippe & Chantal nous déballent leur razzia chez D4 : matelas semi-gonflables, duvet ultra-light, mini-oreillers, trousse de toilettes rando-aventure, lycras coordonnés, frontales compactes LED basse-consommation … et tapis d'entrée de tente. Cà biche à mort.
Marco nous met en garde contre des sangliers qui descendent pleine balle de la montagne pour aller se baigner et qui peuvent rencontrer des zébus qui se promènent le long de la plage avec pour point d'impact notre campement. Après avoir un instant psychoté sur un lâcher d'Obelix dans une colonne Romaine, nous ne serons finalement qu'attaqués par les moustiques et une nuée de crabes de plage peureux.

Enfin, nous goûtons au bonheur retrouvé de siffler du ti-punch dans des timbales en alu, le cul mal assis dans le sable d'un coin désertique et paumé de l'océan Indien, limite canal du Mozambique, les jambes dévorées par les moustiques.

Day 5 - Anywhere out of the world

On repart dans le petit temps de la baie des Russes. Le près est chiant. On arrive péniblement à gratter les 18 avant que la bonne grosse pétole ne nous entoure. Du coup, je redonne courageusement la barre à Alain. Et là, le vent monte. Je prends des photos pendant qu'Alain me dispense d'une stratégie de nav assez osée, quoique absconse. Y vont tous lô, et moi je vais lô. Je reprends la barre en arrivant dans la baie de Martoum pour un peu de vent et 1 minute 20 de barre au trapèze grand largue. C'est déjà çà. Il n'y a pas de petit plaisir.
Une fois tout débarqué et les catas rangés, on fait un tour dans le village typique puis une ballade le long de la plage jusqu'à la mangrove, tout en ramassant quelques coquillages et cailloux colorés. Bain de fin d'après-midi. Très beau coucher de soleil. Humeur contemplative.

Le soir, alors que l'on attaque les digestifs, 2 accompagnateurs malgaches invitent 2 copines malgaches du village dans leur tente 2 places, sise à 10 mètres de nous. Au bout de 2 secondes, la tente commence à respirer et on entend les mouettes. Lâcher les sardines. L'aventure du plaisir comme conclura poétiquement Mao, le lendemain matin. Du coup, peut-être un peu gênés, on va se coucher.

 

Day 6 - Superstylin'

On change les équipages, Alain partant avec Chantal sur le 18 et Philippe me rejoignant sur le 16. Comme le vent est portant on fait voiture balai, à la traîne de la meute de 18 s'amusant avec leurs spis. Il y a un petit F2. On mange notre pain noir. Arrivée à un rocher en forme de pain de sucre, le vent monte. Du coup, on revient dans le match avec Philippe à la barre. Je sécurise le bordel en montant au trap. Puis se prépare l'empannage. Gaël, je fais l'empannage ? Bah oui Philippe si tu le sens ! Oui Gaël, j'envoie. Et là, Philippe envoie tellement que le 16 part au lof sur l'autre bord, le bateau se cabre comme un cheval du cadre noir, je saute sur l'avant pour choquer le foc, me retourne pour visualiser Philippe les 4 fers en l'air le dos entre la poutre arrière et la barre de liaison des safrans, qui me demande si je peux récupérer sa casquette. Comme celle-ci a déjà coulé, je choque l'écoute de GV puis lui file un coup de main pour se remettre en position normale. Rodriiiguez. Le retour de la cabriole. On en parlait, Philippe l'a fait. L'équipage du Formula l'a vu. Pas décontenancé par la perte de sa magnifique casquette blanche, Philippe s'affuble d'un bandana orange, coordonné à son lycra. Classieux. On peut donc repartir dignement pleine balle au portant.

Le vent se tasse à l'arrivée dans le fond de la baie de Kissman et l'arrivée se fait quasiment à la rame. Au bivouac, le chef de village nous indique qu'une parcelle de terrain est à vendre. Chantal & Philippe veulent se rendre acquéreurs.

 

Day 7 - Absolute Affirmation (Tom Middleton's Cosmos Mix)

Le départ de Kissman se fait dans la pétole. Au bout de quelques temps, Marco décide que les catas seront remorqués par le bateau accompagnateur. 2 H 30 de remorquage plus tard, un peu de vent nous permet de nous déhaler péniblement jusqu'à Nosy Tanikeli, petit îlot sympathique avec une plage concave de sable blanc. Nous ingurgitons un morceau puis lançons une petite promenade digestive pour monter au phare en haut de l'île. La vue panoramique est somptueuse.

Snorkeling pour la plupart et baignade pour les autres. Puis vient le temps de quitter cet îlot pour aller, non loin, à Nosy Komba. La descente se fait au portant dans un bon vent, enfin. Gros plaisir malgré des safrans qui remontent. L'arrivée dans le petit port naturel de Nosy Komba est un régal. Un truc se passe. Philippe a le même pétillement que moi dans le regard.
Après une douche à l'eau douce et au broc, on se retrouve tous à l'apéro chez Yolande, confortablement installés à déguster une THB, la bière locale. Repas, matage des étoiles et coucher tôt.

Day 8 - Relax (Tempovision Tour Mix) pour le matin puis Cathedrale pour l'aprèm

Au matin, et suite à une pénurie d'instantané, je décide d'aller prendre un café chez Yolande avec Marco, Chantal & Philippe pendant que le reste de la troupe part en marche dans la montagne. Nous sirotons tranquillement et confortablement installés notre café à 2 mètres de l'eau. Take it easy. A la fraîche. A imaginer s'il vaut mieux devenir propriétaire à Nosy Komba ou trouver une location. A imaginer un rachat de chez Yolande pour faire un resto et chambre d'hôte avec couscous de poissons le vendredi. Chez Bariolo que çà s'appellerait. On fait tranquillement nos courses. Puis on revient prendre un rafraîchissement chez Yolande. Nos digressions imaginatives se précisent en projets. Les autres raiders reviennent de ce qui restera comme une course ininterrompue de 3 heures dans la montagne. Les visages des mecs sont marqués, les nanas ont les joues rouges. Nous on est reposés, sereins, frappés par la vérité.

Mais il est déjà temps de s'activer car une assez longue route nous attends pour rentrer au près. On décolle vers midi. Après un démarrage à peu près tranquille, le vent monte vers les 14-15 noeuds avec une mer assez hachée. Enfin du trapèze. Et même du double trapèze. Chantal & Philippe nous donnent une leçon de style au double trapèze dans leurs lycras pistache pour elle et orange pour lui, du plus bel effet. Et c'est efficace, car ils talonnent Marco, genre tranquilles, mais on ne va pas dépasser le guide. Elisabeth et Xavier, à l'aise, mettent une avoinée à l'ensemble de la flotte. Avec Alain, on essaie de se mettre au niveau sur le 16. Un moment, j'arrive à caper plus que le Formula, obligeant Marco à me passer très progressivement sous le vent. Un gros problème de coupe de voile du Formula, visiblement.
A force d'avionner, notre chariot de GV pète. On termine la dernière heure en souplesse, sans border à fond, sans double trap. On mettra 3H30 pour faire les 15 milles de route directe.

Dernière arrivée à Sakatia. Fin du raid. Premier taillage de bavette sur une première analyse de ce raid qui s'annonce déjà comme un souvenir fameux. Plaisir simple d'une douche bienvenue. Plaisir simple des retrouvailles de la caïpi et du versus.
Fin de la soirée sur la terrasse à refaire le raid et le monde.

Day 9 - La fête triste

Contrecoup du raid, nos corps fatigués et nos esprits un temps libérés des contraintes sociétales ont du mal à s'accommoder de la fête dominicale et du troupeau qui s'attaque au buffet. Pour ma part, je subis de nouveau le deuxième effet kiss cool du Lariam, tout en retournage de bide, et passe la journée à rétro-pédaler dans la semoule.
Départ de Xavier et Elodie dans le courant de l'après-midi qui génère un coup de mou généralisé pour ceux qui restent. Soirée un peu terne.

 

Day 10 - Mandate My A** (Askesian Society Remix)

On prend le bac pour aller à Nosy Be puis 2 taxis direction Hellville, la préfecture de Nosy Be. Lors du trajet on peut apercevoir la marina dans la mangrove. Surprenant. Arrivé à Hellville, on va retirer de l'argent Malgache. Un mendiant a une crise d'épilepsie en plein soleil sous le regard torve et l'inaction de tout le monde, nous rappelant brutalement la dure réalité Malgache. On fait un tour au port puis on remonte la rue principale, dans la poussière et la chaleur, pour faire des emplettes diverses et variées : nappes, tuniques, t-shirts Maki Company, sacs, etc.

On reprend nos taxis pour aller au nord de Nosy Be à Andilan. La plage de sable blanc est magnifique et est à peine gâchée par un club de vacances italien, un peu masqué par une avancée rocheuse.

Bain direct. Chantal attrape un transat et nous explique qu'elle adore ces plans roots. Puis on va déjeuner chez Loulou, restaurant de plage où tout le monde prend le menu Langouste. Là, c'est kolkhozien puisque tout le monde partage la même chose. D'un point de vue conceptuel, un plan roots et kolkhozien donc. CQFD. Inspirés par ce retour à l'essence même du Léninisme tropical, Philippe et moi-même nous prenons à imaginer de venir fêter nos prochains anniversaires au mois de novembre en ce lieu et d'affréter un charter pour tous nos potes. Après Johnny à Las Vegas, les Maki Brothers à Andilan. Mais bon, au son d'une tech-house festive plutôt que d'un rock poussif. Elisabeth et Jean approuvent, étant aussi scorpions. D'où un dérapage de la discussion sur l'astrologie complétée par la lecture hilarante, surtout dans ses comparaisons animalières, d'un guide sur le sujet gentiment prêté par une serveuse. Baignade puis retour à Sakatia à la tombée du jour.
Après cette super dernière journée et un déjeuner pantagruélique, nous attaquons nos steaks de Zébu avec encore, finalement, pas mal d'appétit. On embarque les bouteilles de rhums arrangés pour biberonner quelques tournées de l'amitié sur la terrasse.

 

Day 11 - Balcony Scene

Jean & Fanny sont partis très tôt le matin. Petit déjeuner, petite baignade, petite sieste sans sommeil, nécessaire rangement, ennuyeuse clôture des comptes. Elisabeth & Alain s'offrent un improbable mais chicissime déjeuner aux chandelles.
Un avion qui part avec 3 heures de retard de Nosy Be. Une correspondance en courant à La Réunion mais une correspondance quand même.

 

Epilogue - Paris

Arrivée à Paname mercredi matin. Sans les bagages qui n'ont pas couru à la correspondance. Ouverture de dossier. Pas mal de fatigue. Il fait beau. Les bagages arriveront le jeudi soir.
En tout cas, maintenant le raid fini, on sait que çà a été bon !

Réclamation

Chapitre sous forme de dédicace à Gautier, fils de Chantal, bossant à Sport Away, qui s'est décarcassé pour nous concocter aux petits oignons un package complet d'une fort belle tournure. En fait, cette lettre comprend 1893 items mais je te fais un résumé.

Cher Gautier,
Nonobstant l'amitié, éminemment sincère, que je porte à tes parents, je voulais attirer ton attention sur les points suivants qui, s'ils n'ont pas terni l'éclat de ce très beau raid, méritent tout de même d'être portés à ton attention :
- Il faut se faire prescrire des médocs contre la nausée et les maux de ventre pour faire passer les traitements anti-paludisme (Lariam, Malarone, Savarine) qui ont globalement mis les raiders kaputt
- Je n'ai pas eu l'occasion de m'acquitter de la mission personnelle que tu m'avais confiée vis-à-vis de tes parents. Allez, mon grand, je te laisse te démerder avec eux, mais bon, Chantal & Philippe, au double trap, çà envoie du bois.
- La crème Saforelle, que le docteur m'a prescrite, agit efficacement comme crème apaisante sur les boutons de moustique. Et, j'épargnerai à l'assistance les blagues graveleuses des nanas, nées de la possession par un mec de ce type de crème et que j'ai pu endurées (NdA : çà me va bien de dire çà !).
- La prochaine fois, je pense qu'on va remplir un raid complet.

Je te zappe les circonvolutions d'usage. Bien à toi. Et merci.

 

Post-Scriptum

Il y a un petit jeu pour retrouver les groupes de musique associés aux titres quotidiens dans une tentative, un tantinet prétentieuse, de faire coller les titres mais aussi la musique aux sensations de la journée. Comme dans les livres musicaux pour enfants. Avec la voix de Bernard Gireaudeau. Les réponses ici.

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