Sympathy for the devil's rock

Prologue

Le plan c’était un raid cata au sultanat d’Oman, destination après laquelle je cours depuis déjà plus d’un an. J’avais réservé même si l’organisateur m’avait prévenu que le raid n’était pas encore complet. Mais bon, à un mois et demi du créneau, on était confiant. Et puis, à 15 jours du départ, pas assez de monde, raid annulé. Mes vacances déjà posées.

Que faire. Je veux dire à part aller piteusement en Bretagne en plein mois de Mars avec aucun pote de dispo. Réfléchissons. En un, du soleil. En deux, du bodyboard. En trois, vite. Recherche Internet. Je ne trouve que des séjours surf et le mot Maroc ressort. Reprécisons la recherche. Séjour Bodyboard Maroc. Réponse : Aloha Surf Camp à Tamraght avec un pack Evolution tout compris et 100 % Bodyboard. Bingo. Avec des cours, ce qui ne devrait pas me faire de mal après 4 ans de pratique dans mon coin. Bonjour Abdessamad, il vous reste des disponibilités ? Oui. OK, j’ai pris mes billets d’avion pour Agadir, j’arrive vendredi 14 mars et je repars le dimanche 23. Parfait, nous vous attendons et un taxi viendra vous chercher à l’aéroport. Je retrouve le sourire. Mes potes s’interrogent sur l’adéquation entre ma condition physique et les 2 x 2 heures de bodyboard par jour. Je garde le sourire.

 

Vendredi 14 mars

Avion pour Agadir depuis Orly. Je suis cerné par des golfeurs du troisième âge et des personnes du quatrième âge. C’est les vacances, je me sens presque jeune d’un coup. A l’arrivée à Agadir un taxi m’attend avec une petite pancarte à mon nom. Et on est parti dans une Merco hors d’âge pour une petite heure de trajet jusqu’à Tamraght.

Je suis accueilli par Mehdi et Jamila puis je prends possession de ma chambre avec vue plongeante depuis la colline sur la mer et la pointe de Devil’s Rock. Je peux me maudire de n'avoir pris que mon appareil photo étanche sans zoom. Je redescends pour rencontrer le boss Abdessamad qui m’offre le thé sur la terrasse. Please allow me to introduce myself, I'm a man of wealth and taste.

Au diner, je retrouve la vingtaine de surfeurs déjà présents pour partager le couscous du vendredi soir. Ils sont tous bronzés et sur le départ.

 

Samedi 15 mars

C’est le grand jour. Je fais la connaissance de Yassine, le coach de bodyboard. Qui sera mon coach personnel, puisque les autres font du surf. On communique en Anglais. C’est quoi ton niveau ? Bah, difficile à dire. Surtout en Anglais. Va exprimer un je me démerde mais sans plus. Tu fais des droites ? Oui. Des gauches ? Oui aussi. Je me dis qu’il ne connaît pas la Bretagne. Tricks ? A çà, non. Je crois malin de dire que je surfe des vagues jusqu’à 2 mètres de haut. Il n’a pas l’air convaincu. We’ll see on da water. Cà me parait le plus simple en effet.

Il me file une 41,5 bat tail parce qu’on fait la même taille et que çà marche mieux dans les petites vagues, on charge le matos dans le 4x4 et nous voilà partis à descendre la colline pour se poser à droite de Devil’s Rock sur la plage de CroCro. Je pars vite fait à l’eau sous l’œil circonspect de mon coach. Au bout d’une heure, je fais une pause pour un premier débrief. Tes droites, çà va à peu près et tes gauches, tu es moins à l’aise. Cà, OK, je l’avais senti. Ici, il y a essentiellement des gauches. Et merde … mais çà me fait un objectif de progression. Globalement, tu es trop avachi sur ta board. J’ai un vieux ‘Tiens-toi droit’ enfoui dans ma jeunesse qui remonte. Ah oui, et tes take-off, ils ne te permettent pas de prendre de vitesse. Ah ouais, çà fait beaucoup dans la musette quand même.

J’y retourne encore une heure pour tenter de désapprendre et réapprendre correctement. A mon retour, Yassine ne fera pas de commentaire mais ira se fendre d’une démonstration. Et le petit scarabée regardera le Grand-Maître en mangeant son sandwich au poulet. Je m’y remets l’après-midi mais les vagues mollissent et ma forme aussi. Trois quarts d’heure de set, pas plus. Bonne journée. Bon tu me diras, il fait 30 °C, il y a du soleil, l'eau est à 17°C, tu surfes. Comment la journée peut-elle être autre chose que bonne ?

Au diner, pizzas aux merguez et pizzas au thon frais. Un régal.

 

Dimanche 16 mars

Chargement du 4x4 et départ avec Amine, Hicham et Ucéf, le fils du boss, vers le Nord pour Tamri. Au son du Morning à Momo sur Hit Radio. Cà biche. Sur la route, les paysages deviennent plus sauvages avec plus de falaises. Arrivée sur le spot de Tamri-Plage. Le coin est sympa. La plage est jonchée de détritus dégueulasses. Le plan d’eau a l’air musclé. Il y a du monde dans le bouillon. Beaucoup de locaux puisque c’est dimanche. Il y a une vingtaine de bodyboardeurs. Certains enchainent Air Rollo ou Aerial Spin, Re-Entry, Belly Spin dans un sens puis dans l’autre sur la même vague. Là, j’ai balancé tout mon vocabulaire mais il doit y avoir d’autres tricks. Très très gros niveau. On a l’impression de voir des puces d’eau qui sautent dans tous les sens.

Je me mets à l’eau, un peu sur le côté, humblement. La remontée au pic est sportive. Quand les locaux s’y retrouvent, ils se claquent la bise. Trop la classe. Je vais importer çà en Bretagne. Pour revenir au surf, j’ai du mal à me caler par rapport aux vagues qui sont changeantes en hauteur et en direction. Au bout d’un long quart d’heure, j’arrive à en prendre une bonne. En droite. Ucéf vient me voir. Il faut que tu prennes les gauches. Il n’y a que des gauches dans ce pays ou quoi ? Alors, je prends des gauches ... et des droites dès que je peux. 1 H 30 de set le matin.

L’après-midi j’y retourne pour une heure de set. Les vagues sont plus simples, globalement moins hautes. J’en prends plus. Mais je ne fais que de la merde techniquement. Ucéf vient me voir. Il faut que tu carves plus. Mais on est bien, hein les Tintins ! Retour à Tamraght. Au son du Star Match sur Hit Radio. Je sais, çà biche.

Lundi 17 mars

Direction Tamri avec Hicham et Ucéf. Morning à Momo, obligé. Les vagues sont comme la veille après-midi. Il n'y a plus que des touristes surfeurs. Anglais, Allemands, Suédois et quelques Français. Session d’une heure et demie. Je prends plein de vagues. Comme je sais faire. L’après-midi c’est flat. Retour. Star Match, obligé. En route, on s’arrête sur un spot de plongeon. Je me suis bien tâté. Mais ce n’est toujours pas mon truc. En arrivant au camp, je découvre sur mon répondeur un message casse-burne du boulot. Work sucks, Go surfing. La sentence du jour.

 

Mardi 18 mars

C’est flat de chez flat. Virée au souk d’Agadir. Déjeuner d’un très fin tajine de poisson aux carottes. Petit café. Achat de la K7 magique permettant de brancher un Ipod. Fini le Morning à Momo. Enfin de la musique. Stop pour une séance de skate Longboard que je filme au son à fond les ballons du track Khona de Mafikizolo feat. Uhuru.
Puis séance de baignade avec séchage au soleil comme un cormoran. Un vieux truc de Breton.

Mercredi 19 mars

Café dans un bar de Taghazout. J’achète mon T-shirt Maroc N Roll avec le slogan Work sucks, Go Surfing.

Retour à Crocro. Un groupe de surfeuses Allemandes nous gratifient d’une séance d’échauffement scolaire et complète. C’est beau. Et Yassine me suggère de faire de même. Tu seras plus tonique quand tu surfes. J’ai failli éclater de rire. Je confie du bout des lèvres faire un peu de stretching soir et matin.

Bref. Il y a assez peu de vagues et je décide de filmer dans l’eau mes congénères. J’intercale 2 petites sessions entre les séances de shooting. Ce n’est pas encore tout à fait çà entre technique, feeling et vitesse, mais je sens que çà vient et que j'y suis presque.

Jeudi 20 mars

On va à l’eau à Crocro. On arrive juste après l’échauffement des Allemandes. Dommage. Session d’une bonne heure le matin. Your take-off and your left are better. Merci Grand-Maître. J’en profite pour lui demander de me prendre en photo. L’après-midi, le vent se lève et saccage le plan d’eau. Bronzette. En fin d’après-midi, séance massage. Une fois allongé sur le ventre, j’en suis presque à mettre une main sur le côté de la table, relever le buste et lever une jambe … ouh là, il est plus que temps de se laisser aller. Je sors de la séance en flottant. Et je me laisserais emporter par cette vague de détente toute la soirée jusqu’au dodo.

 

Vendredi 21 mars

Toujours Crocro. Conditions molles du genou. Je retrouve de la vitesse. La technique commence à bien s’emboîter avec les sensations. J’y suis. Une seule session. Après c’est encore plus mou avec la marée haute. Bronzette.

Samedi 22 mars

Je me réveille vidé en ce dernier jour. Il ne reste plus que moi en stagiaire. Je contemple une dernière fois un Devil’s Rock matinal depuis la terrasse d’Aloha Surf Camp. Abdessamad me rejoint.
Lui : il n’y aura pas de vague ce matin.
Moi : pourtant les prévisions prévoient plus qu’hier.
Lui : tu sais, l’Océan a ses Mystiques.
Putain, elle est belle cette phrase. Profonde. Philosophique. L’Océan a ses Mystiques. Je ne dois plus en être très loin de ce mysticisme.
Lui : aujourd’hui tu vas surfer avec la famille, il y aura Mehdi, mon petit.
Cool, comme à la maison, avec mes frangins et leurs gamins.

Avec Ucéf, Yassine, Mehdi on passe prendre un de leurs potes. Puis on checke successivement 3 spots, un au nord de Taghazout, Crocro puis à Aourir. Ya rien. On reviendra plus tard. Après une rapide sieste, on repart dans l’après-midi pour Crocro. Cà a un peu monté. Je n’ai pas réellement retrouvé de jus mais je me botte le cul. C’est la dernière session. Une première petite vague pour se mettre en jambe. Une bonne gauche, je pars à fond. La technique est là. Le feeling aussi. Mais en fin de glisse, je ne peux éviter une surfeuse Anglaise, un brin statique sur l’affaire. Je sens que ma planche tape quelque chose. Oh sorry. Are you OK ? I’m terribly sorry. J’ai failli lui raboter le front mais je reste gentleman. Limite Oxfordien. Je suis fatigué, les pommettes et le nez me brûlent. Encore une bonne gauche et puis je clôture le set au bout d’une grosse demi-heure. Je retrouve Yassine qui shoote Ucéf en train d’envoyer des aerials. Your left was better yesterday. So you don’t see the one when I smashed the Brit girl.

Le soir, dégustation d’un tajine aux calamars. Echange de photos avec Yassine. Remerciements à toute l’équipe d’Aloha Surf Camp. Passage de témoin aux nouveaux arrivants de l’après-midi. Et dodo.

Dimanche 23 mars

Réveil 3H25 juste avant la sonnerie. Je quitte la maison à 3H55. Le taxi est là. Quelle idée de réserver un avion partant à 6 H 50 !

 

Epilogue

Pleased to meet you, Abdessamad. Hope you guess my name. On est bien reçu chez toi. Je sais que je ne reviendrai plus par hasard. Et puis, il y a ces photos, en entête et ci-dessous, shootées par Yassine pour Aloha Surf Camp. Tu ne peux pas savoir à quel point elles me filent la ouache. Surtout, quand il fait 7°C et qu'il pleut sur La Défense.

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