Jours tranquilles à Tamraght

 

Everybody's trying to make every minute of the present last forever. Preserve every second.
Chuck Palahniuk - Choke

 

Prologue

Je sais que je ne reviendrai plus par hasard. J’avais terminé l’article sur mon dernier séjour avec ces quelques mots. Alors, je suis revenu à Aloha Surf Camp, Tamraght, Maroc. En toute connaissance de cause. En pensant tout particulièrement à ne pas prendre un avion de retour à 6 H 50. En toute confiance à Abdessamad, le boss, qui s’occupe de tout.

 

Samedi 7 mars

Aller sans histoire. Même l’immigration a été rapide. Je connais la route désormais. Au Surf Camp, je retrouve la fine équipe, Abdessamad en tête, Yassine qui a retrouvé son Français, Ucéf, Medhi, Hamid, Amine, Djamila, Renée. Sois le bienvenu chez toi, comment tu vas. Et bien, je suis blanc comme un cul, je suis fatigué limite épuisé physiquement, le boulot va mieux mais toujours prenant, je n’ai pas trop progressé l’année écoulée, il fait moche en France. Bref, je suis super content d’être là.

 

Dimanche 8 mars

Perception d’une combi, de palmes et d’une board de 41’75. Vais-je trouver mes marques malgré les 0,25 pouces de différence avec ma taille usuelle de 42...

Chargement du 4x4. Et direction le spot de la Source avec Yassine, mon guide, mon grand-maitre, mon coach sportif, mon pote. Il y a un grand soleil, une bonne houle bien consistante et rapide, du monde puisqu’on est dimanche. Tout devant recommencer assez naturellement à la source, on se met à l’eau vers midi avec Yassine. Première vague, premier bon take-off et très gros déboulé plein balle en gauche. Grosse sensation. Je me dis que çà commence parfaitement. Que ce que j’ai appris l’an dernier est bien assimilé. Heureux. Mais un instant était le maximum qu’on pourrait jamais attendre de la perfection.

Je remonte au pic en multipliant les canards. Je compte 1, je compte 2, je compte 3, je me dis que quand çà pousse bien dans le sens de la descente, çà pousse encore plus fort dans le sens de la remontée. Je compte 4, je compte 5, je compte 6, je commence à avoir la barre au crâne avec la fraicheur de l’eau. Je compte 7, je compte 8, je compte 9, le soleil me tape dessus arrivé au pic.

J’assure encore 2 belles vagues. Mais lessivé, je me laisse aller comme un déchet plastique charrié jusqu’à la plage. Epuisé, mal au crâne. Je regarde ma montre. Une demi-heure. Glurp. Je me dis que je suis vraiment mal barré. Je sais, je suis blanc …

L’après-midi, çà va mieux, j’y retourne. 3 belles vagues et demie. Epuisé, plus mal au crâne. Je regarde ma montre. Une demi-heure. Glurp. Je constate qu’on ne peut pas tricher avec la mer, un bon miroir pour éviter de se mentir à soi-même. Tu crois qu'ils vendent des conditions physiques au souk ?

 

 

Lundi 9 mars

Je me sens mieux. Plus reposé. Aucune courbature. Pas laminé physiquement. Presque en forme. De fait. Après 1 heure de sport la veille …

Les Bodhi et Angelo Pappas du bodyboard prennent la direction de la Source pour une première session. Une petite heure. Voilà qui est mieux. Je recroise Hicham, avec des cheveux, qui a monté sa propre structure depuis l’année dernière. Cà fait bien plaisir de le voir.

On fait un détour par Killer Point pour prendre quelques photos panoramiques. Et là, j’ai la chance d’apercevoir un suricate. C’est encore plus mignon que les chats dont on nous abreuve sur Internet. La sentinelle du désert, elle, vient voir, curieuse, un spécimen de caillera du 9-3. Vas-y, la peluche, fais un sourire, j'suis pas un schmitt !

L’après-midi on remet le couvert pour une session à Crocro avec Yassine. C’est bien, il n’y a pas trop de monde. Les écoles de surf ont déjà fini leur journée. Je me rappelle des indications de Ucéf pour l’alignement qui permet de prendre les bonnes gauches. Yassine s’éclate. Pour avoir largement écumé Crocro l’année dernière, je trouve désormais que la Source c’est quand même vachement mieux. Bref, encore une petite heure pour ce set.

 

 

 

Mardi 10 mars

Le Rastafari et le Guévariste du bodyboard commencent la journée par un petit tour rapide à Agadir. Au souk, j’en profite pour acheter un T-shirt pour moi et un pour mon filleul. Là, je suis recommandé par un autre marchand, je suis beau gosse, je fais un cadeau pour mon fils (sic), j’ai bon goût, c'est de la qualité Marocaine, je suis le premier client de la journée. Et pourtant, malgré tout çà, çà m’a un peu gratté le fondement au moment de payer. Pathologiquement, j’ai aussi une incapacité à négocier en vacances.

Retour à la Source pour une bonne heure de session.

En fin d’après-midi, je remets une petite session à la plage du KM 14. Il y a beaucoup de monde, surtout des gamins locaux. Sur une vague, je vois un mec me débouler dessus, je loupe mon canard, il m’évite et je me fais rouler par la vague. J’ai l’impression de toucher le fond, mais çà bouge. J’ai écrasé un gars sous l’eau. On refait surface. Je m’excuse. Le jeune gars commence à ronchonner. Il voit mes poils de barbe blancs. Et s’arrête. Faudra tout de même que je pense à éviter de percuter quelqu’un à chacun de mes séjours Marocains. Mais bon, j’ai coché KM 14.

Mercredi 11 mars

Je suis enrôlé par Arnaud et Hamid pour une virée à Imessouane. Cà tombe bien car je caressais depuis l’an dernier le rêve d’y aller. Et nous voilà partis tous les 3 dans la brume pour 1 H 45 de caisse. C’est marrant mais avec la brume, çà ne ressemble pas du tout à ce que j’avais vu en photo.

On attaque par une session dans la baie en partant de la jetée du port. Hamid me briefe. C’est la plus longue droite du Maroc, ne te fatigue pas, prends ton take-off sur la deuxième section, travaille sur la vague pour redonner de la vitesse quand il faut, prends du plaisir. C’est le début de la montante, il y a énormément de courant, même en ayant pied, j’ai du mal à remonter. Une première vague. Bôf. Je recommence une série de canards sans trop progresser. Je me rends compte que j’ai pied. Quelle buse. Mais je suis trop descendu alors je vais jusqu’au fond de la baie et je remonte à pied par la plage. Je viens de comprendre. Ne te fatigue pas. J’y retourne. Je prends la vague sur sa deuxième section, je prends une droite sur une bonne centaine de mètres, enchaine dans la mousse par un tout droit de 300 mètres et finis vautré sur la plage. Je viens de comprendre. C’est la plus longue droite que j’ai faite, j’ai travaillé ma trajectoire pour conserver de la vitesse et donc, gros plaisir. J’y retourne encore 4-5 fois mais je ne retrouverai pas un kiff aussi bon.

 

Pour déjeuner, Hamid achète 4 beaux poissons tout frais à la criée. Puis on va à la gargote qui les fait griller. Malin comme principe. On les déguste paisiblement et gentiment à la petite cuiller. La classe. 80 dirhams de poissons, 50 dirhams de resto. Voilà, voilà.

L’après-midi, Arnaud et Hamid attaquent une seconde session sur le spot de la Cathédrale. Je zappe. Trop gros, trop le chantier pour moi. A peu près sûr de me faire défoncer sans prendre vraiment de plaisir. Du coup, je passe en mode photographe. Mais il y a toujours de la brume et j’ai le soleil dans la gueule. En conséquence, photos quelconques. Les 2 gaziers prennent leur pied et reviennent, fendus d’un sourire large de 2 bananes d’Aourir. Retour à Tamraght à la nuit déjà tombée, pile pour le diner mais trop en retard pour mon RDV massage.

Jeudi 12 mars

Les Sonny Crockett et Ricardo Tubbs du bodyboard démarrent la journée par la visite des hauteurs d’Agadir Oufella dans l’ancienne ville fortifiée ravagée par le séisme de 1960. C’est chouette mais il y a de la brume, alors wallou les belles photos panoramiques de la baie d’Agadir. Dont acte. Retour à la Source. Yassine décide d’une session de shooting de son poulain, ouais OK, de son vieux canasson sur le retour. En plus, pas de chance, il fait toujours gris. En m’échauffant, j’invoque le soleil, l’esprit des nuages et le dieu de la houle. Le premier ne m’a pas répondu. Le second m’a rétorqué : je te rappelle que tu es Breton. Le troisième m’a dit : Yalla ! Alors, j’en ai bien profité. Autant pour qu’il y ait de belles photos, sans soleil, que pour montrer à mon coach préféré comment j’ai bien progressé. Même si je ne passe pas encore le Air Rollo. Quelques bonnes vagues mais grosse caillante. L’après-midi, on checke Crocro et KM 14. Bôf. De plus, le temps du massage, que je ne veux en aucun cas louper cette fois-ci, est venu. Massage qui fera du bien.

 

Vendredi 13 mars

Malgré le massage, j’ai encore pas mal de courbatures au réveil, genre les jambes dans le ciment et un bras dans le plâtre. Les Feruz et Muzafar du bodyboard partent checker Anza. C’est flat, il fait gris, franchement froid. On papote avec Yassine en regardant la mer et les quelques courageux qui y sont allés. Un bodyboarder claquera une vague et 2 tous droits dans la mousse en 1 heure et quart de set. Cà ne valait vraiment pas le coup. Puis on checke à peu près tous les spots entre Anza et Camel Beach. Rien. On se prend un café sur le front de mer de Taghazout en regardant passer les gazelles. Savoir apprécier le bonheur des plaisirs simples. Pour se consoler d’un no surf day. Le soir, après le repas, et le vendredi c'est toujours couscous, je me fais raser la barbe au coupe-chou. Cadeau d’Abdessamad. Je me couche donc rasé de près, rajeuni.

Samedi 14 mars

Les Gomez et Tavares du bodyboard attaquent par une session à la Source. La houle est revenue. Et bien revenue. Première vague et je réussis tout ce que j’ai appris. Je suis content. Illyas, un coach dans un autre Surf Camp, finit sa vague en surf à côté de moi. On se salue en se tapant dans la main. Yassine vient me voir pour me dire que j’ai coupé la vague d’Illyas et me demande si je me suis fait engueuler. En fait, j’étais tellement concentré que je n’ai rien vu à part ma vague. Et non, on s’est juste salué très cordialement. Une petite heure de set car trop de monde et des vagues bosselées auront raison de notre motivation.

Déjeuner à Taghazout puis on part à Paradise Beach pour voir le groupe de Surf. Les conditions sont clairement idéales pour des débutants en surf et pas adaptées pour le bodyboard. Dommage, le séjour aurait pu commencer à la Source et finir au Paradis. C’est çà d’avoir une approche romantique du surf … Du coup, on checke dans l’ordre la Source, Crocro et KM 14 mais la marée basse a tout annihilé. Coupez. Le soir petit apéro avec Hamid, Arnaud, Roberta et Abdel. Tranquilles. Diner. Roue libre.

Dimanche 15 mars

Petit-déjeuner peinard, en tenant salon avec les nouveaux arrivés tout en regardant la mer. Les Salgado et Cartier-Bresson du bodyboard s’échangent leurs photos. Remerciements à tout le monde. Accolades. Retour sans histoire. A part mes bagages qui sont livrés au bout d’une heure, après un gros tas de putains de sacs de golf.

 

Epilogue

J’ai plusieurs bonnes raisons de revenir. Imessouane sous le soleil. Je compte 1. Passer une figure, disons le Air Rollo. Je compte 2. Cocher d’autres spots, et notamment Mystic, rien que pour le nom. Je compte 3. Couler des jours tranquilles à Tamraght. Je compte 4. Revoir mes amis. Plus besoin de compter.

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