Episode III, la revanche du swell

 

Il existe deux genres de rouleaux : le grand rouleau mâle à barbe d’écume, qui hurle au loin, et la vague vahiné ou femelle, plus petite, plus douce, qui vient mourir sur le rivage
Jack London - Dans la vague mâle

 

 

Prologue

Petit mail de rappel à J-1 d’Abdessamad. Réponse en mode quatrain.
Le vol de la RAM est enregistré.
Le taf est oublié.
La valise est bouclée.
Un sourire commence à se dessiner.

 

Samedi 12 mars

Vol Aller sans histoire. Mais je ne connaissais pas encore ma peine. Arrivée sous le soleil. Je retrouve tout sourire Abdessamad. Comme annoncé. Tentative loupée de sieste. Sûrement déjà un peu excité. Couscous au diner. Histoire de partir sur de bonnes bases roboratives.

Dimanche 13 mars

Bonne surprise matinale. Le programme c’est journée à Imessouane. Je récupère une board et nous voilà partis avec Laetitia, Gaëlle & Raph sous la houlette d’Aziz. Dans ma dernière bafouille digitale, j’avais demandé Imessouane sous le soleil, sans brume. Et je l’ai, après 1H30 de bagnole. Session au port. Il y a beaucoup d’écoles de surf et toujours autant de courant. Mais je connais le truc. Se laisser emporter et revenir à pied. Mais, pendant la session, le nez dans le bouillon, à palmer à perte contre les vagues et le courant, je découvre que certains se font remonter au pic en Jet Ski. Alors, bon OK, je vous entends déjà. Mais je ne vais pas vous mentir. Cà m’a fait carrément envie. Feignasse, sors de ce corps. Bref, une heure trente de set dans mon coin, un peu à l’écart du troupeau des surfeurs débutants, histoire de ne pas me prendre une planche dans la gueule dès le début du séjour.

En sortie de session, je tombe sur un Hicham goguenard qui me chambre sur mon teint blanc. On papote amours, bizness, surf & yoga. L’ordre des sujets est important. Déjeuner de sandwichs sur la place face au spot Cathédrale. Aziz s’envoie une petite session dans du plutôt fat. Bien trop pour ma pomme, surtout une journée de reprise. Stay moderate.

On revient sur Crocro. Laetitia et Raph se fendent d’une session de toute fin d’après-midi. Je me mets à l’appareil photo. Shooting en compagnie d’Aziz, avec les commentaires fusent. Et comme dans tout bon duo de commentateurs sportifs, avec un expert et un autre qui dit des conneries. Le clignotant rouge de la batterie m’inscrit dans l’urgence de trouver la bonne lumière de ce soleil couchant. Je dois absolument avoir le cliché de la surfeuse au Sunset. Je suis en mission. Enfin presque.

 

 

Lundi 14 mars

Descente à KM14 avec Gaëlle & Raph sous la houlette d’Hamid, mon Master of Cool. Conditions gentilles. 45 minutes de set. Je trouve çà pas mal mais toujours un peu court. Mais je ne connaissais pas encore ma peine. Déjeuner sur la plage. Conclu par un thé acheté à un marchand ambulant. Après avoir glandé un peu, on se déplace à côté à Crocro. Une petite heure de set et rien de bien fameux, autant que je m’en souvienne. Ah si, toujours trop court.

Retour au surf camp. Douche. Apéro au Babakool avec Hicham et Raph. Enfin quand je dis apéro, jus orange banane. Mais oui, le Breton s’est se faire abstème parfois. Un peu contraint, certes. Au diner, torpillage vorace d’un tajine Kefta qui reste toujours au pinacle de mes plats préférés à Aloha Surf Camp.

 

 

Mardi 15 mars

Lever très tôt. Check KM 14 puis Crocro. Vague d’1,5 m, mais çà casse d’un coup sur plusieurs centaines de mètres. Il ne fait pas très chaud, voire frais. Cà ne fait pas envie. Mais je suis déjà en tenue. Alors bon. Echauffement. Mise à l’eau 8H00 pile, à défaut de pétantes. Passage de la barre. Réveil musculaire. Nettoyage des sinus. Réchauffement. 8H05. Premier bout de vague qui finit en tout droit dans la mousse. 8H08. Deuxième bout de vague qui finit en tout droit dans la mousse. 8H09. Fin du set. Et sinon, au KM 14 çà ne déroulerait pas un mieux ? Donc, 45 minutes à KM 14.

En fin d’après-midi, on repart pour un tour sur le spot de Panorama, tout au bout de la grande plage de Taghazout. Il y a beaucoup de courant qui nous déporte. Reprise de la technique de marcher pour remonter près des rochers. Cà casse de partout en même temps. J’arrive à prendre quelques vagues, malgré un couple d’Allemands qui est un peu toujours dans mes pattes. Mais cette année j’ai décidé de rendre une clean sheet en cartonnage de surfeur.

Mercredi 16 mars

Grande plage d’Agadir, le spot de repli en cas de forte houle. Sous le soleil, on se met face à l’enrochement qui protège de la houle. Il parait que toute la houle de la baie, et même celle du Pacifique, se concentre sur cet enrochement. Mouais. A part une double vaguelette… Et déjà du vent. Je regarde Lars puis Gaëlle & Raph ne pas faire grand-chose. J’y vais finalement, en me bottant le cul. Quand tu remontes face au vent, la mer est pulvérisée par le nose de la board faisant bénéficier le visage d’une petite réhydratation au passage. Bref, vagues de 40 cm moins 20 noeuds égal 20 minutes de barbotage. Et basta. Parce qu’ensuite, le vent se lève réellement et ferme le spot.

Le soir on déguste de très bons spaghettis à la Bolognaise en regardant un Bayern Munich – Juventus qui restera fameux. J’étais pour la Juve.

Jeudi 17 mars

On descend toujours fort tôt à KM14. Pas trop emballé par le swell proposé, je pars prendre quelques photos depuis le rocher du Diable. Gaëlle, Raph et Lars sont à l’eau. Après avoir pris quelques photos, l’envie revient. Et j’y vais. 30 minutes de set finalement pas si inintéressant.

L’après-midi, la troupe se complète de Macha, Ayman et Nico. Retour à KM 14 où les vagues font 2m, 2,5m, pètent d’un coup et se terminent en bain de mousse jusqu’à la plage. Un peu comme si tu mets de la lessive dans un jacuzzi. 1H30 de set. 1 vague bien.

 

Vendredi 18 mars

Lever toujours tôt. Genre les mêmes horaires que pour aller au taf. Grande plage d’Agadir. Il fait gris. On se pèle le jonc. Vagues quelconques. Je suis au-delà de ma motivation. Même le mental n’est plus suffisant. Et l’arrivée du soleil n’y fera rien.

Heureusement, je me rattrape l’après-midi avec une petite heure de session à KM17. Sous le soleil. Mais avec du vent.

 

Samedi 19 mars

7H12. Réveillé par un texto. RAM Cause grèves votre vol AT664/20Mar est annulé. J’appelle. Il y a le même vol le lundi. Alors OK. Cà fait chier mais ce n’est pas trop grave. Enfin, je suis quand même bien énervé. Direction la grande plage d’Agadir en fin de matinée. Ce n’est pas folichon mais j’y vais. Besoin de se défouler pendant une petite heure de set. Hamid m’explique qu’il faut que je maintienne l’énergie dans les petites vagues, que je sois plus dynamique, plus collé à la planche. Puis le vent se lève. Fermeture du plan d’eau. Retour au surf camp où j’ai enfin l’info que ce sont les contrôleurs aériens Français qui font grève.

On fait un tour à KM 17 l’après-midi. Je reste derrière l’appareil photo.

 

Dimanche 20 mars

Lever tôt. KM17. Rien de bandant. Et je n’y vais pas. Passage en mode photographe. Puis le vent se lève. Journée de non surf clôturée à midi. Le soir BBQ gargantuesque en éclusant quelques godets à base de houblon fermenté, de jus de raisin cuit à la mode Italienne et de distillat de canne à sucre en guise de pot de départ. Comme s’il fallait des raisons. 22H38. Appel de la RAM. Votre vol de demain est annulé. On vous propose mardi en passant par Casa ou un direct mercredi. Glurp, comprenez Putain vérole de moine, bon bah euh mardi. Direction dodo direct. Il y a des journées qu’il faut savoir écourter.

 

Lundi 21 mars

Pluie. Filante. Annulation du taxi du jour. Vol confirmé mais avec un indice de confiance proche du zéro. Attente près du téléphone. Check régulier et anxieux au site Web. Confirmation définitive à 21H30. Journée de merde.

 

Mardi 22 mars

Taxi 6H00. Pas grand monde à l’aéroport d’Agadir. 9H00. Avion à l’heure. Passage par Casa. 11H20. Avion à l’heure. 15H15. Atterrissage à Orly. Check FB. Bruxelles. Site infos. Zaventem. Métro. Je ne reste pas trainer à Orly. Et je prends un taxi pour rentrer à la maison.

 

Epilogue

Cinq jours plus tard. Un spot, quelque part sur le North Shore Breton. J’exhibe nonchalamment mon bronzage. 4 mètres de Swell donnent 50 centimètres de vague. Qu’importe j’ai la technique maintenant. Je t'ai écouté Hamid. Alors je me gave.

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